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Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Ven 25 Jan 2013 - 23:22

Joies Matrimoniales (Mr and Mrs Smith) 1941







Après “Correspondant 17”, s’il voulait continuer à toucher un salaire, Sir Alfred devait tourner. On lui fit la proposition de tourner un film provisoirement intitulé « Mr and Mrs » avec Carole Lombard qui voulait être dirigée par le maître. Son partenaire prévu était Cary Grant.



Un mois après avoir reçu le scénario du film, Hitch ne l’avait pas ouvert, et contraint de le faire, il trouva le script consternant, d’autant plus qu’il n’avait pas le droit d'en changer une virgule.

Sir Alfred voulait tourner un remake de « The Lodger », mais les studios (RKO, Selznick) mirent leur véto. Aussi proposa t il une adaptation radiophonique dans le cadre de la série « Forecast » qui racontait des histoires de suspense. Deux acteurs de « Correspondant 17 » jouèrent l’émission. Herbert Marshall dans le rôle de Sleuth et Edmund Gwenn dans le rôle du propriétaire. L’épisode ne disait pas si le locataire était ou non Jack l’éventreur, et les auditeurs durent voter par téléphone.





A la suite de cette expérience, Hitch eut l’idée que des anthologies pouvaient permettre de lui donner une popularité supplémentaire, autre que celle du cinéma. Il imagina d’abord une émission radiophonique dont le titre était « Suspense », accorda à des éditeurs new- yorkais le droit d’utiliser son nom pour un premier recueil de nouvelles qu’il superviserait.



Selznick s’opposa à la création de « Suspense », émission régulière, qui aurait accaparé le maître. L’émission naîtra sans son créateur, commençant en 1942 pour durer…vingt ans.

Mais surtout, le réalisateur comprit le potentiel que pourrait avoir une anthologie télévisée à son nom, le projet de « Alfred Hitchcock présente » date donc de 1941.






Hitch fut sommé de tourner un film et d’indiquer ses préférences. Il ne lista pas « Mr and Mrs » au désarroi de Carole Lombard et proposa cinq projets :
Le premier était « Greenmantle », suite directe des « 39 marches », d’après un roman de John Buchan, reprenant le personnage de Richard Hannay. Le second était « A woman’s face », le troisième « The constant nymph » (un projet de la Warner écrit par Alma sa femme et avec en vedette Joan Fontaine), le quatrième un remake de « The Lodger, le cinquième « Jupiter Laughs » de l’auteur écossais A.J. Cronin (à l’origine, c’était une pièce de théâtre se déroulant dans un sanatorium).

Puis, à ses cinq projets, Hitch en ajouta trois autres : « And now Goodbye » de James Hilton, que lui avait proposé le studio Columbia sur un ecclésiastique, avec une catastrophe ferroviaire et un amour impossible. Le clergyman serait Laurence Olivier.
« Rogue Male » (qui sera tourné l’année suivante par Fritz Lang sous le titre « Man hunt ») et enfin « Royal mail » produit par Sam Briskin pour la Columbia avec Cary Grant.




Tous ses projets furent refusés et l’on imposa « Mr and Mrs » devenu entre temps « Mr and Mrs Smith ». Mais Cary Grant se désista et Robert Montgomery le remplaça.

Le scénariste était Norman Krasna. L'histoire raconte l’histoire d’un couple de Park Avenue qui apprend la nullité de leur mariage pour une raison juridique.



Sir Alfred s’efforça de faire bonne figure pendant les six semaines de tournage. La popularité de Carole Lombard attira le public dans les salles.

Ann et David se sont querellés. Cela dure depuis trois jours. Ils se sont imposés une règle pour ne pas divorcer : attendre une réconciliation avant de sortir de la chambre, genre "réconciliation sur l'oreiller".

David ne va plus au travail depuis trois jours. L'origine de la querelle est une crise de jalousie du mari.

Carole Lombard est très jolie, certes, mais cela suffit-il à faire un film ?




David avoue à Ann que si c’était à refaire, il ne l’épouserait pas. Il a perdu sa liberté et préfère la vie de célibataire. Cette franchise va lui coûter cher, car il va avoir droit à une vengeance typiquement féminine.

Très vite, on se rend compte que c’est du théâtre filmé, à peine mieux fagoté que « Au théâtre ce soir ». De plus Robert Montgomery n’a strictement aucun charisme. Par rapport à sa partenaire, il ne l’égale ni en beauté ni en charme. Aucune comparaison possible avec Cary Grant.

La querelle est finie et David retourne à son bureau, un homme de la chambre de commerce de New York, Harry Deever ( Charles Halton) l’attend : il lui rappelle qu’il s’est marié à Mitchum en 1937 avec un certificat de l’Idaho au lieu du Nevada, et que le mariage est illégal. En cas de décès, de testament, d’enfant à naître, il faut se marier à nouveau.

La musique d’Edward Ward est atroce. L’une des pires de la période américaine du maître.

Ann et David retournent à l’endroit où ils se sont rencontrés, une pizzéria. Ann a rencontré Deever mais ne l’a pas dit. Ils dînent à la même table de restaurant que jadis, mais David ne veut pas l’emmener danser. Ann reçoit un coup de téléphone de sa mère (Esther Dale), qui au courant de la nullité du mariage, lui propose de venir revivre avec elle.


Le rythme du film est lent. Les échanges manquent de naturel. La torpeur s’installe. Beaucoup de scènes nous montrant chacun des « époux » de façon séparée ne sont là que pour rallonger le métrage.

Parce qu’il n’a rien dit au sujet de la visite de Deever sur la nullité de leur mariage, Ann le met à la porte. David va devoir « reconquérir » sa femme. Ce qui n’est pas gagné d’avance.

En effet, Ann a repris son nom de jeune fille, Krausheimer. Elle feint d’avoir une romance avec un vieil homme.
Ann n’a aucune envie de se remarier. Le spectateur se demande si Ann joue la comédie et veut donner une leçon à son mari, ou si elle parle sérieusement. Si c’est une comédie, elle n’est pas drôle, si c’est un drame, il est ennuyeux.

En 1941, les femmes ne travaillaient pas et David menace de lui « couper les vivres ».

Ann a trouvé un emploi dans un magasin en se disant célibataire. Il lui fait perdre son emploi.




Nous apprenons au bout de 38 minutes que David est avocat. Lui et son associé Jeff (Gene Raymond) travaillent sur un dossier contre la compagnie des tramways. Gene Raymond entre alors en scène et va ravir la vedette au couple qui est censé mener le film.

En fait, Jeff fait la cour à Ann et l’invite à dîner. David serait donc trahi par son ami ?

A plusieurs reprises, David a rencontré dans un sauna un certain Chuck Benson (Jack Carson). Au début, l’homme lui dit de feindre l’indifférence et que sa femme reviendra, lui-même ayant vécu une situation similaire.

Maisl quand la situation s’envenime, il lui propose de l’accompagner à une soirée. Il va retrouver Gertrude Schultz (Betty Compson), et veut lui présenter Gloria Honey (Patricia Farr). Deux potiches assez vulgaires et peu farouches.

Mais dans cette soirée de bal, il voit sa « femme » attablée avec Jeff. Ann voit David et ils quittent le bal restaurant.

On ne comprend pas trop les motivations de ce Jeff. Trahi-t-il son ami ? A-t-il monté un stratagème pour lui permettre de reconquérier Ann ? En effet, David et Jeff, avant d'être des avocats associés, étaient amis d'enfance.

Ann et Jeff se rendent dans une fête foraine, car la jeune femme ne veut pas dormir. Sur le manège, Jeff se montre couard, et la pluie finit par arroser le couple.

Ann suit Jeff chez lui, il ne boit jamais d’alcool et un verre que l’oblige à prendre Ann le rend malade. Il refuse de l’embrasser, se montre emprunté, et semble avoir peur des femmes. Cette-fois le spectateur comprend que Jeff joue délibéremment les idiots pour valoriser son ami et montrer à Ann que son "mari" n'était pas si mal que cela.

David se fait passer pour un détective et loue un taxi à la journée. Mais revenu à son cabinet d’avocat, un client mécontent, Conway (Emory Parnell) l'attend. Conway a versé des acomptes importants pour gagner un procès contre son beau-frère et ne veut pas que l'on néglige son problème

David retrouve alors Jeff avec ses parents, les Custer (Lucile Watson et Philip Merivale).

David raconte qu’il a vécu trois ans avec Ann, mais les parents de Jeff admettent la situation, après avoir pris la dame pour une fille aux moeurs légères.

Il y a là une certaine incohérence scénarique, mais elle est imputable à Norman Krasna. On peut admettre que Jeff aide David, mais que ses parents entrent dans la combine est une ficelle un peu grosse, même dans du théâtre de boulevard.

Ann et Jeff partent dans une station de ski, et retrouvent frigorifié et sans connaissance David qu’ils transportent dans leur chalet. David feint son état, et visiblement Jeff se révèle son complice. Il délire, ce qui attendrit Ann.

Mais Ann se rend compte qu’elle est victime d’une machination, Jeff jouant les pleutres pour permettre à David de la reconquérir. David, dès qu'elle a le dos tourné, retrouvant sa raison.

La fin est tout à fait bâclée, mais le maître n’y est pour rien puisqu'il n’a pas eu le droit de toucher au texte de la pièce de Norman Krasna. Ann met des skis et tombe à la renverse sur son fauteuil. Et par la force, il la reconquiert. Comme un "macho". Comme si l'on pouvait séduire une femme en la forçant. Drôle de conception de l'amour et du couple.

Le film à vrai dire est un drame et ne fait pas du tout rire. On peut estimer que c’est la patte du maître qui transforme ici une comédie de boulevard en une sulfureuse analyse des rapports homme-femme. Le génie de Sir Alfred, à partir d’une pièce boulevard qu’on lui demande de filmer sans en changer un mot, est de transformer, par sa façon de savoir où placer sa caméra, la comédie en drame.

Le désespoir de David, malgré la médiocrité de l’acteur, est ici évident. Le talent de comédien mis en lumière est celui de Jeff/Gene Raymond. Dans un rôle ambigu (Hitch parvient à le faire passer pour un homosexuel, ou du moins pour un homme pleutre et lâche qui a peur des femmes et n’est rassuré que par la présence de ses parents), Gene Raymond est magistral. Hitch, à sa façon, se joue de la production en faisant de cette pièce de boulevard un drame.

Tout d’abord, il nous laisse longtemps mijoter avant de nous révéler que Jeff agit pour aider David. Ensuite, il montre (et c’est un visionnaire en 1941) la difficulté pour un homme et une femme de vivre ensemble et de garder intact la flamme du moment de la rencontre.

Il se sert habilement de Carol Lombard en la détournant de son rôle parodique (le film donne plus envie de pleurer que de rire à l’arrivée). Pour Hitchcock, les acteurs, c’est du bétail. Le fade Robert Montgomery n’a qu’une ou deux expressions à son actif, mais Hitchcock le sublime en en faisant une victime d’un grand chagrin d’amour.



Derrière ce film, lorsque l’on sait l’histoire d’Hitchcock, se profilent les sentiments du réalisateur et ses frustrations. Impuissant et à son époque l’impuissance ne se soignait pas, il n’a réussi à avoir qu’un seul rapport sexuel pour concevoir sa fille Patricia.Il a admis que sa femme Alma avait des besoins à assouvir et a feint d’ignorer sa relation avec le scénariste Whitfield Cook. Il rassurait ceux qui voyaient plus qu’une amitié entre Alma et Cook en disant que ce dernier était homosexuel.

L’un des prodiges de Sir Alfred est de parler d’homosexualité dans une pièce de boulevard somme toute assez conventionnelle. Et tout ici porte à croire que Jeff est un gay. La façon dont il repousse de façon horrifiée les avances d’Ann. Lorsqu’elle réclame un baiser passionné, elle n’a droit qu’à une bise sur la joue. Ceci sous prétexte que Jeff est enrhumé. Dans la scène du manège, Ann et Jeff sont loin des yeux de tous coincés en haut de l'édifice. Ann pense qu’il va profiter de la situation, mais Jeff lui vole sa pochette pour s’y moucher bruyamment. Il se comporte comme un gamin immature.



L’homosexualité potentielle du maître (à son époque, c’était un sujet tabou), que l’on peut noter dans son attirance pour Alma Reville (il était vierge à son mariage, il ignorait qu’une femme a des règles et ne le comprit pas le jour où une actrice ne put tourner une scène de baignade, enfin, c’est la part « masculine » qu’il a aimé chez Alma Reville, femme déterminée, indépendante et volontaire), ressurgit ici. Sir Alfred a déclaré "Sans Alma, je serai devenu pédé comme un phoque".

Avec sa caméra et sans changer le texte, il transforme le vaudeville en un plaidoyer déchirant sur les difficultés d’un homme à séduire une femme. On ne s’étonnera pas ensuite que le maître ait eu tant envie de tourner avec des acteurs homos ou bissexuels (Cary Grant, Montgomery Clift, John Dall, Farley Granger), et qu’il ait suggéré le penchant trouble de l’assassin de « L’inconnu du Nord Express » pour le héros joueur de tennis.



Sir Alfred avait le génie de détourner un film pour faire passer son talent. Ainsi, le film de propagande « Lifeboat » loin d’être un pamphlet anti-nazi se révèle selon ses détracteurs une oeuvre qui aurait remonté le moral de l’armée allemande ! Il a fait du marin allemand de « Lifeboat » une victime. Ici, Hitchcock a rejoué sa petite comédie au détriment de ceux qui l’ont obligé à filmer ce vaudeville. Sans en avoir l’air, le maître connaissait la façon d’avoir le dernier mot. Il l’a eu, une fois de plus, permettant à ce projet médiocre d’atteindre les deux melons.





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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Sam 26 Jan 2013 - 12:35

Sans transition, on passe aux années 30 (quelques titres sont déjà sur le forum) avec "Meurtre", film de 1930 qui a la particularité d'avoir été tourné en anglais et en allemand, avec des comédiens de deux nationalités.

Plus besoin de captures, j'ai désormais tous les DVD.

Les années 30 nous réservent quelques bonnes surprises comme "Jeune et innocent" et "Une femme disparaît".

3 films sont déjà sur le forum "les 39 marches", "L'homme qui en savait trop", "Quatre de l'espionnage".


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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Sam 26 Jan 2013 - 17:51

Meurtre (Murder) 1930
Film également tourné en allemand simultanément sous le titre Mary.





En 1930, Sir Alfred travaille pour la firme anglaise BIP et a filmé plusieurs pièces de théâtre. Avec « Enter Sir John » qu’on lui propose, il a entre les mains un roman. S’il ne pouvait se permettre de digressions pour les pièces, il va retenir le fil de l’intrigue, changer le titre (qui devient « Murder ») et disposer de plus de liberté artistique, en particulier pour l’histoire. Les producteurs connaissaient les pièces et s’en souvenaient, mais ne lisaient pas les romans !



« Enter Sir John » est co-écrit par Clemence Dane et Helen Simpson. Clemence Dane est un nom de plume qui cache l’actrice Winifred Ashton. Rappelons que le maître tournera l’un des plus beaux (si ce n’est LE plus beau) film de sa carrière « Les Amants du Capricorne », en 1949, en adaptant un roman de Helen Simpson.
Helen Simpson a aussi travaillé sur le scénario de « La Cinquième Colonne » en 1942.




Une actrice amnésique, Diana Baring, est accusée d’avoir tué une femme, Edna Druce, comédienne comme elle, retrouvée dans son appartement et elle est condamnée à mort. Les deux femmes se détestaient.
Un membre du jury, peu convaincu, décide de mener sa propre enquête. Cet homme, Sir John, est une gloire de la scène. Sous la pression des autres jurés, il a accepté de la déclarer coupable, mais sa conscience le travaille.

Tout d’abord, Hitch ne retient que quelques péripéties et fait réécrire complètement l’histoire. Il invente des personnages et une fin qui ne sont pas dans le livre.

Sir Alfred venait de tourner « Elstree Calling » qui se passait dans un music hall, comme le roman « Enter Sir John ». Aussi change-t-il de cadre pour se diversifier et l’action de « Murder » se déroulera dans un cirque.
Dans le livre, le vrai coupable s’en sort en s’enfuyant, alors qu’il meurt en se suicidant chez Hitch, et de façon spectaculaire.



Pourquoi faire un film quand on peut en faire deux ? Le producteur John Maxwell de la BIP pensa au marché allemand. Hitch va donc diriger deux versions en même temps : « Murder » avec des acteurs anglais et « Mary » avec des allemands.

Pour la distribution anglaise, il choisit Norah Baring pour Diana Baring et Herbert Marshall pour Sir John. Il refusa pour « Mary » les changements (la « germanisation ») que proposèrent les adaptateurs allemands.

La version allemande devait s’appeler « Sir John Greift ein ! » avant de se transformer en « Mary ». Des anglais parlant allemand tournent les deux versions. Mais le John allemand est un acteur populaire, Alfred Abel, héros de « Métropolis » de Fritz Lang.

Norah Baring est remplacée pour la version germanique par une actrice connue, Olga Tschechowa (« Schloss Vogelod » de Murnau, l’auteur de « Nosferatu le vampire »).

Notons que l’on trouve des anglais parlant allemand dans la version allemande qui ne sont pas dans l’anglaise ! Economie ? Soucis d’employer des anglais plutôt que des allemands ? Charles Landstone, anglais, joue dans « Mary » et pas dans « Murder ».




Sur le tournage, profitant du chaos qui régnait entre anglais et allemands qui ne comprenaient que leur langue natale, Sir Alfred joue de bons tours. Il fait apprendre par cœur à Landstone un message pour Olga, en fait une déclaration à caractère sexuel très osée. Landstone ne maîtrise pas assez l’allemand et Olga reçoit le choc de sa vie. Sir Alfred alors se trahit en pouffant de rire.

Les choses se gâtent par contre entre Hitch et le très guindé Alfred Abel qui n’a le sens de l’humour. Hitch va faire une série de plaisanteries à l’allemand qui provoqueront un grand froid. Ainsi, le comédien anglais a droit, entre les prises, a un fauteuil très luxueux et l’allemand non. Et ainsi de suite.

Abel proteste mais lorsque Hitch lui fait apporter un fauteuil, celui s’effondre dès que l’acteur s’y assied.
En mai, les deux films sont terminés, mais le montage se poursuit pendant l’été.



Certaines choses convenaient à l’Angleterre et pas à l’Allemagne, ainsi une scène où les enfants de la logeuse grimpent sur le lit de Sir John en train de prendre son petit déjeuner. Ce fut prohibé dans la version allemande.
« Mary » fut un bide en Allemagne, tandis que « Murder » ne fut présenté qu’à Londres et pas dans tout le pays, y recevant un succès mitigé.

L’assassin, Fane, est joué par Esme Percy. Dans le film, c’est un homme déguisé en femme. Hitch s’est inspiré pour l’écrire du trapéziste Vander Barbette, qui était tout le temps habillé en femme, et ami de Jean Cocteau qui lui donna un rôle de travesti dans « Le sang des poètes » en l’habillant d’une robe Chanel.



Si le film commence bien, avec la scène de la découverte du meurtre, et l’audace (pour l’époque) de montrer un travesti dans une Angleterre victorienne et très stricte, nous déchantons dès les débats du jury. C’est du théâtre filmé, c’est verbeux, ennuyeux à mourir. Jusqu’au moment (27e minute du film) où entre en scène le juré Sir John.

On note alors le contraste évident entre Herbert Marshall, dont le jeu est sobre, nuancé, tout en finesse, et celui des autres comédiens qui sur jouent, cabotinent, en font des tonnes.

Au tiers du métrage, deux comédiens ont tiré leur épingle du jeu : l’ambigü et troublant Esme Percy et Herbert Marshall.

Malheureusement, Herbert Marshall se prend les pieds dans le tapis d’un scénario bancal qui offre la plus grande part aux bavardages. Son personnage, Sir John Menier, commence une enquête laborieuse, répétant à Pierre et à Paul ce que le spectateur sait déjà. Et l’ennui revient. Par exemple, lorsqu’il exprime ses remords, c’est en voix off, devant une glace en se rasant, mais ensuite il répète tout et dans le détail à l’avocat qu’il a appelé. L’éclaircie aura été de courte durée. Nous avons pratiquement tout le débat qui s’est déroulé entre jurés qui est reformulé par Sir John.




A noter que Sir John n’est guère viril. Il passe son temps en robe de chambre, sa seule compagnie est son valet Harvey (non crédité).

Le film devient difficile à suivre lorsque Sir Henry engage deux comédiens, Doucie et Ted Markham (Phyllis Konstam et Edward Chapman) et leur raconte à nouveau le procès. On accumule les scènes inutiles. Est-ce pour rallonger le film que Sir Henry, en présence des nouveaux venus, boit son café à la petite cuillère ?

Gordon Druce, le mari de la victime (Miles Mander) est un ivrogne. Lors de la découverte du corps, il était venu chercher sa femme chez Diana Baring, à présent, il a oublié sa mort et vient à nouveau frapper à la porte. Ceci pendant que Sir John accompagné du couple Markham fait une reconstitution sur les lieux du crime.

La bonne de Diana, Miss Mitcham (Marie Wright) dit n’avoir entendu le soir du meurtre que des voix de femmes. Mais John se cache et imite Alice, une amie de la vieille dame. Elle s’y laisse prendre. Or qui a une voix de femme ? Le travesti Handel Fane. Même le moins perspicace des spectateurs a compris, devant ce film démonstratif et bavard, qui était l’assassin.



La piste ensuite conduit à la loge de Fane. Nous avons droit à la scène citée plus haut où les enfants envahissent le lit. La mère explique que Fane a giflé un de ses fils car il avait découvert un uniforme dans ses affaires. Et que Fane était en compagnie d’un autre homme, Ion Stewart (Donald Calthrop).
Ted Markham a retrouvé le briquet de Stewart tâché de sang. L'uniforme, c'est celui d'un policier de théâtre, et Fane a ainsi pu quitter en toute discrétion la scène du crime pris pour un vrai policier.



Diana/Norah Baring, présente au début du film, ne revient qu’à 1h11 du début pour un film qui dure 1h37. Hitch filme la scène de la prison lorsque John Parle à Diana comme à travers un trou de serrure ou un mouchard.

Le MacGuffin est complètement idiot. L’assassin est un métis et il cache à tout le monde qu’il a du sang noir, c’est la raison pour laquelle Diana, amoureuse de lui, va se laisser envoyer à la mort. Edna Bruce l’avait découvert. Diana révèle que le briquet appartient à Fane, non à Stewart.

Fane a disparu, mais John le retrouve dans un cirque où il est trapéziste. Avec Markham, John s’y rend pour lui proposer un grand rôle, un piège évidemment.

Avec Bennett (S J Warmington), il fait passer une audition au tueur. Sir John prétend avoir écrit une pièce sur l’affaire Baring et donne un rôle à Fane. Celui de l’assassin. Des policiers écoutent.

Sir John retrouve Fane dans sa loge avant son numéro. Lors de celui-ci, il se prend avec une corde provoquant la panique au cirque. Il a laissé une confession dans laquelle il révèle comment et pourquoi il a tué Edna Druce, sur le point de révéler à la femme qu’il aimait qu’il était métis. Le film se termine par une représentation de la pièce au théâtre, jouée par Diana et Sir John.




Le film accumule les incohérences. La première étant l’identité sexuelle du meurtrier. Il est sans amibiguité homo, ce que la dernière du cirque lorsqu’il se maquille en femme, montre de façon appuyée voire outrancière. Comment pouvait-il exister une potentielle histoire d’amour entre lui et Diana, à moins que le secret (il est métis) ne soit pas celui qui est dit au public. Fane est homosexuel, voilà ce que la victime allait révéler à Diana. L’homosexualité étant considérée comme un crime (Oscar Wilde en sut quelque chose), elle est remplacée par le fait d’avoir du sang noir ici.

L’autre gros problème du film est le comportement de Fane, dont Sir Henry dira qu’il est un « pauvre diable ». Pourquoi laisse-t-il la femme qu’il aime être pendue ?

Le film manque véritablement de rythme et aurait gagné à être plus court. Car à rallonger ainsi la sauce, elle devient indigeste.

Hitchcock qui s’est affranchi allègrement du roman ne l’a pas fait du théâtre filmé. Dommage. C’était son douzième film et il avait montré son talent avec le troisième, « The lodger ».








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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Sam 26 Jan 2013 - 20:37

A ce jour, voici mes notes dans les 36 films chroniqués sur 52 (the mountain eagle est un film hélas perdu) concernant les 4/4 et 3/3.

Si la note avait pu être dans un créneau plus grand que 4 3 2 1, il y aurait eu des 10/10 (l'ombre d'un doute) et des 9/10 (la main au collet)

A l'intérieur des 4 melons mon choix parmi les 13 qui l'ont pour l'instant

Mes **** + par ordre de préférence

1. Les amants du Capricorne
1. L'ombre d'un doute ex aecquo
3. Pyschose
4. Les oiseaux
5. la mort aux trousses
6. les enchainés
7. Les 39 marches
8 La corde
9. Fenêtre sur cour

Mes **** -


10. sueurs froides
11. La Main au collet
12. L'homme qui en savait trop remake
13. Complot de famille


Les 3 melons 7 films

Mes *** +

1. La maison du docteur Edwardes
2. Le crime était presque parfait
3. Rebecca


Mes *** -

4. L'homme qui en savait trop original
5. L'inconnu du Nord Express
6. La loi du silence
7. Quatre de l'espionnage

deux melons, seulement 5 films : Marnie, l'étau, Frenzy, le grand alibi, joies matrimoniales

Enfin, en queue de liste, 11 films n'ont qu'un melon : pleasure garden, juno et le paon, meurtre, correspondant 17, soupçons, la cinquième colonne, lifeboat, le rideau déchiré, le faux coupable, Mais qui a tué Harry, Le Procés Paradine.

Dans mes chroniques à venir, quatre films auront déjà de bonnes notes (critiques en cours : lodger, jeune et innocent, une femme disparaît, la taverne de la Jamaique)
Pas encore tout revu.

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  séribibi le Sam 26 Jan 2013 - 21:10

"Les amants du Capricorne" en n°1, c'est peu courant dans un classement/top Hitch. Very Happy

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Steed3003 le Dim 27 Jan 2013 - 21:03

Les années 40 sont en ligne (en deux parties)! cheers
http://www.theavengers.fr/index.php/hors-serie/annees-1950/collection-alfred-hitchcock/collection-alfred-hitchcock-annees-40-partie-1

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Dim 27 Jan 2013 - 21:24

Super, bravo pour la mise en ligne, Steed. Et le dossier va être bouclé plus tôt que prévu. J'ai travaillé (sans les publier sur le forum) sur les années 30, je corrige, relis, et sous une semaine tu l'auras. Pour info, j'ai déjà attaqué les années 20. Je pense que Hitchcock sera terminé bien avant "Daktari". cheers

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Steed3003 le Lun 28 Jan 2013 - 14:10

Wow, super! cheers

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Lun 28 Jan 2013 - 21:02

The Skin game 1931






Cas unique : si deux films du maître sont perdus à tout jamais (l’inachevé « Number Thirteen » de 1922 et son deuxième film, « The Mountain eagle » de 1926), « The Skin Game », tourné après « Murder », est un métrage dont il espérait retrouver toutes les bobines pour les détruire !

Hitch avait honte d’avoir tourné cette pièce de théâtre filmé, qui lui fut imposée par contrat par son producteur de la BIP, John Maxwell, sans qu’il eût son mot à dire.






« The Skin game » est la seconde adaptation en dix ans d’une œuvre du fameux romancier John Galsworthy, auteur de « La Dynastie des Forsyte », adaptée en 1967 par la BBC à la télévision avec Nyree Dawn Porter ("Poigne de fer et séduction"), Susan Hampshire (« Paris au mois d’août » avec Aznavour, « Malpertuis »), Kenneth More et Eric Porter (Une saison, 26 épisodes, diffusée en France en 1970-71 en deux parties de treize, et plusieurs fois rediffusée l’après midi sur Antenne 2 dans les années 70). Dans la série, il y a aussi Terence Alexander, qui interprète un mari volage, Montague Dartie, faisant une superbe composition. Alexander a participé plusieurs fois à « Chapeau melon et bottes de cuir ».





Pas commode, Galsworthy ! Il convoque Hitch avec le producteur Leon L Lion dans la demeure de l’auteur, à Bury House. D’emblée, l’écrivain dit mépriser le cinéma parlant, acceptant par contre le muet. Il se comporte en seigneur féodal et irrite au plus haut point le maître. Il interdit que l’on touche une ligne de son texte. Alors qu’ils dînent, Galsworthy dirige la conversation , décide des sujets à aborder, et se permet même de lister à Hitchcock le nom des acteurs qu’il veut dans le film, ce que son contrat ne lui permet pas.



Edmund Gwenn, quit fut retenu pour le rôle principal, avait déjà interprété le même personnage dans la version muette 1921 réalisée par B.E. Doxat-Pratt. Celui de Hornblower.

Sir Alfred se venge sur son actrice principale, Phyllis Konstam, qui joue le rôle de Chloé, après avoir tenté d’engager une autre comédienne, Ursulla Jeans.



Et son attitude anticipe ce qui produira plus tard avec Ingrid Bergman et surtout Tippi Hedren. Hitch raconta qu’un soir, Bergman s’était donnée à lui (le pauvre étant impuissant, on peut douter de la véracité de l’anecdote). A Tippi Hedren, sur le tournage de « Pas de printemps pour Marnie », il fera une proposition indécente. Ici, c’est Phyllis qu’il filme de façon suggestive dans des tenues légères (le summum de l’érotisme à l’époque). Il l’oblige aussi à plonger sa main entre ses deux seins pour y sortir de l’argent, et la caméra filme avec insistance la scène, toutefois dans une semi-obscurité. Il contraint aussi sa vedette dix fois de suite à jouer la scène du suicide, qui consiste à plonger dans un bassin au milieu de nénuphars. De plongeon, nous n'en verrons pas. Seulement une main qui étreint un rideau, le lâche, puis une fenêtre grande ouverte et le corps inanimé que repêche le mari dans une pièce d'eau du jardin.

Inutile de chercher un quelconque suspense dans ce film. Il n’y en a pas. C’est l’histoire de l’opposition entre un homme, un patriarche aristocrate propriétaire terrien qui veut préserver son patrimoine et son environnement, et un industriel « nouveau riche » qui veut détruire l’endroit, par profit, au nom du progrès et de l'argent.





Il y a aussi une femme qui cache son passé trouble en s’étant mariée (Chloé) et deux jeunes gens, les Roméo et Juliette de l’histoire, appartenant chacun à une des familles opposées, Rolf Homblower et Jill Hillcrest.
Le film n’est jamais sorti en France. L’image a été mal conservée malgré une édition DVD.

Pour loger ses ouvriers, l’industriel Homblower (Edmund Green) veut chasser deux fermiers, un vieux couple qui ne tarde pas à se plaindre à Hillcrest (C V France).





Tout cela aboutit à une guerre entre l’industriel et le patriarche Hillcrest qui veut défendre les anciennes valeurs.
Ils vont s’opposer pour la vente d’un terrain . L’industriel parvient à l’acheter. Mais son point faible est sa belle-fille Choé, qui servait jadis d’appât pour compromettre des hommes mariés en état d’adultère. Dawker (Edward Chapman), employé de Hillcrest, découvre ce secret et la fait chanter. Revendre la propriété contre le silence de son maître. Mais l’histoire parvient aux oreilles du mari de Chloé. La jeune femme, désespérée, mettra fin à ses jours. Homblower s’en prend violemment à Dawker puis à son patron Hillcrest. La paix reviendra-t-elle avec la génération montante, c'est-à-dire les amoureux Jill (Jill Esmond) et Rolf (Frank Lawton). Ils figurent d'ailleurs dans la scène finale se tenant par la main, après les longues scènes de lamentation qui suivent la mort de Chloé.

Il faut avouer que Sir Alfred a eu des films plus passionnants à tourner, mais il deviendra furieux à la sortie du film quand « The Skin game » sera présenté comme…un film de John Galsworthy qui n’y connaissait rien en cinéma.




Pas étonnant que Hitch ait voulu détruire toutes les bobines ! En dehors de la scène de la vente aux enchères, il ne pourra guère faire briller sa touche personnelle dans cette œuvre.

Notons quand même les remords de Chloé qui voit les visages de ses anciennes victimes de chantage surgir devant ses yeux, alors qu’elle a un malaise. Un effet de mise en scène qui préfigure ce qu’il fera en cent fois mieux au cours de sa carrière, notamment dans « Vertigo ».

Hitch aimait décidément les scènes de vente aux enchères (« La Mort aux trousses »). Mais il a des effets de caméra malheureux qui ne semblent pas volontaires. Hitch se désintéresse du film, et l’opérateur se trompe lorsque les acteurs font ce qui leur passe par la tête, il cherche alors à recadrer les personnages décalés. C’est du bâclage, de la négligence, et certainement pas un effet de style.

La scène de la vente aux enchères s’éternise, au point de devenir ennuyeuse. Elle dure beaucoup trop longtemps, exactement de la 22e minute à la 35e.

La scène où Dawker s’installe dans la voiture de Homblower préfigure beaucoup le cousin de Rebecca, George Sanders, face à Laurence Olivier dans « Rebecca ».

On essaie un peu de se concentrer sur Chloé, dont l’interprète est la victime du maître. Mais les tenues sulfureuses font rire, nous ne sommes pas dans « Basic instinct » et encore moins dans « Emmanuelle » ! Une simple robe décolletée. La scène où elle sort un billet de ses seins (46e minute) fait sourire aujourd’hui. Comme d’ailleurs la mention « Parental Guidance » sur la jaquette du DVD.

« The Skin game » est une succession de scènes longues et bavardes (la vente aux enchères, le chantage contre Choé, la confession de celle-ci à son beau-père et à sa fille, la peine qui frappe chacun après sa mort).

On reconnaîtra cependant que Phyllis Konstam joue bien. Chez Galsworthy, les femmes sont souvent des victimes, dépassées par les évènements : Irène violée et Fleur obligée de quitter l'homme qu'elle aime car son père Soames est le violeur d'Irène dans « Les Forsyte », Chloé ici. A l’image de Phyllis, même si le spectacle laisse à désirer, on reconnaîtra tout de même que les comédiens jouent bien. Personne n’a de jeu outrancier, ce qui rendrait la vision atroce. Le film étant déjà plombé par un scénario soporifique.

Les scènes entre les tourtereaux Jill et Rolf sont souvent inutiles et servent à meubler pour arriver à 87 minutes.

On ne peut en vouloir à Sir Alfred. Dans cette entreprise, il n’y avait dès le départ rien à sauver.

Un film à voir pour ceux qui veulent vraiment avoir tout vu de Hitchcock, mais dont on peut se dispenser aisément, sachant que s’il n’avait dépendu que de son réalisateur, il n’existerait plus.






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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Lun 28 Jan 2013 - 22:30

Demain



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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Mar 29 Jan 2013 - 20:09

Le Chant du Danube (Waltzes from Vienna) 1934




Ce film raconte la rivalité entre Johann Strauss père et fils. Ce thème a souvent été abordé, notamment par le feuilleton anglais « La Légende des Strauss » (1972) de David Giles et David Reid, programmé en France sur la première chaîne ORTF début 1974, et dans lequel jouaient Jane Seymour (Dr Quinn femme médecin), Stuart Wilson et Christopher Benjamin (ce dernier vu dans « Chapeau melon et bottes de cuir »).




Hitchcock, libéré de son contrat avec la BIP, et mécontent de l’insuccès de « A l’est de Shanghai » et « Numéro 17 », se vit offrir par un mécène, Tom Arnold, qui avait de l’argent à investir, la mise en scène du « Chant du Danube », adapté d’une comédie musicale et déjà réalisée pour le cinéma en Allemagne. A l'époque, il devait encore un film à la firme BIP, "Lord Cambers et ses femmes". Il ne le fera pas, étant saturé des pièces de théâtre filmées, et se déchargera du travail sur l'un de ses assistants.

Sir Alfred détestait les films dans lesquels les chansons ou musiques s’intercalaient entre deux scènes dans l’histoire, mais ici, il ne s’agit pas de cela.




En effet, on nous conte la naissance de la carrière de compositeur de valse de Johann Strauss fils (Edmond Knight). Son père s’opposait à ce qu’il suive ses traces. Le père, c’est le fameux compositeur de « La Marche de Radetsky » que l’on entend souvent dans la série « Le Prisonnier ».

Après avoir accepté de tourner le film, Sir Alfred réalisa qu'il s'ennuyait et avait fait une erreur. Il ne vivait que pour faire des suspenses. Il se conduisit comme un jeune prétentieux. C’est de ce film que vient sa réputation « les acteurs, c’est du bétail ». Hitch, donc ne veut réaliser que des thrillers, et pendant le film, planche sur « L’homme qui en savait trop ». Il se heurte très vite à l’actrice principale, la jolie Jessie Matthews, qui lui en voudra beaucoup. En réalité, Hitch confond comédie musicale et opérette. Il se venge de façon puérile sur cette jeune comédienne en coupant ses scènes, en raccourcissant son temps à l'écran. Il juge son jeu désastreux, et des pans entiers du script (scènes où elle apparaît) passent à la trappe. Hitch ne supporte pas non plus que Jessie Matthews ait un salaire supérieur au sien!



Il n’hésite pas non plus à malmener Edmond Knight et même Edmund Green, qui incarne Strauss père.
Ses plaisanteries cruelles ne font rire que lui. Hitch convoque en pleine nuit Knight … alors que le plateau de tournage est vide. Il est abject avec Jessie Matthews. Elle lui demande un conseil pour une scène, il lui répond qu’elle n’a qu’à penser à la braguette de son partenaire et à ce qu’il y a dedans. A Knight, qui dans une scène porte sur sa tête un plat de gâteaux, il fait surcharger le poids du plat. Si le réalisateur est un génie, l’homme se révélait parfois décevant.



Sir Alfred réussit un film dont il n’est pas fier, mais qui connaîtra le succès. Ne vaut-il pas mieux réussir un bon film tout court qu’un mauvais suspense ?

C’est son premier film en costumes. Il déteste cela, pourtant il tournera plus tard « Les Amants du Capricorne » qui est aussi, à la fois une histoire d’amour et un film en costumes, et tout sauf un thriller.

Hitch modifie la fin de la pièce. Razi (Jessie Matthews) connaîtra le bonheur avec celui à qui elle avait posé l’ultimatum de choisir entre la musique et la pâtisserie familiale. Dans la comédie musicale, Razi quittait Strauss à qui elle ne pardonnait pas d’avoir préféré la vie d’artiste à la situation confortable consistant à succéder le jour venu à son père à la tête d’un florissant commerce.



Et la fin du film, qui se voulait triste (Strauss signe un autographe à une admiratrice « Johann Strauss senior ») peut être vue comme le signe que le père reconnaît enfin le talent du fils. Dans la comédie musicale, c'était un désaveu du public : son heure était passée.

Il ne faut pas chercher dans ce film de réalité historique. Le fils Strauss a composé « Le Beau Danube bleu » vingt ans après la mort de son géniteur. Ici, c’est son unique composition, mais quelle composition ! Par contre, l’affrontement entre père et fils est réel. Le paternel veut un fils banquier ou fonctionnaire. Il n'admet pas que son rejeton lui fasse de l'ombre, et même devant le triomphe que fera la foule au Beau Danube, provoquera un scandale en public.




Malgré Hitchcock, les comédiens sont excellents. Jessie Matthews est adorable en jeune femme plein de caractère, petite amie de Shani (Surnom de Strauss fils). On ne s’attend pas à voir jouer le jeune compositeur par un boxeur, aussi Edmond Knight a la tête de l’emploi. Un jeune premier assez "minet".

Le père, plus magistral, indigné de se voir voler son succès, est interprété par un Edmund Green convaincant. On doit par contre supporter un personnage assez ridicule, le prince Gustav (Frank Vosper) qui a des prétentions de poésie, et s’est fait refouler par le père Strauss en voulant faire mettre en musique son poème. Il est aussi le supposé cocu de la farce, bien que son épouse, la comtesse Helga (Fay Compton), si elle a des vues sur le jeune homme, se contentera de l’aider.

La ficelle est un peu grosse, car l'on se doute bien que la femme cougar avant l'heure n'a pas dû se gêner (Fay Compton est encore pleine de charme). Mais Strauss fils est un saint, fidèle à sa vierge fiancée. Notons que la virginité sexuelle du jeune homme est abordée par la comtesse vers la fin du film, ce qui est assez inhabituel pour l'époque et ce genre de film.






Le film ne dure que 1h16, et la version française est victime de nombreuses coupes (des dialogues qui nous sont restitués en VOST dans le DVD).

Le meilleur moment du film est celui où Strauss fils cherche ses notes, sa valse, n’y arrive pas d’un coup, et dans la pâtisserie du père de Rasi, en voyant les ouvriers travailler, trouve enfin son thème. Le père de Rasi ne comprend pas, car un jour Franz Schubert a visité sa pâtisserie, et s’intéressait aux gâteaux, oubliant pour un temps la musique. Il ne saisit pas une nuance importante: Schubert était déjà célèbre que tandis que celui à qui il parle est un compositeur est en pleine création, sa première musique.




La vraie vedette du film, c’est bien sûr la valse « Le Beau Danube bleu » que Strauss réussira à jouer devant un public qui attend son père (en retard), et avec l’aide de la comtesse Helga. C’est le triomphe pour le jeune homme, mais le père survenant sur les lieux ne décolère pas. Trop tard, en une seule écoute, les gens ont retenu la valse sur laquelle un couple puis deux trois dix ont dansé. C’est un peu le moment de suspense du film, car le public est furieux du retard du père et s’apprête à partir. Lorsqu’il commence à jouer, l’auditoire est de marbre, mais avec, si l’on peut utiliser l’expression, avec un tel « tube », le fils Strauss conquiert son public, reléguant le père à celui de Johann Strauss sénior.

Bien entendu, quelques scènes de piano, des répétitions avec la comtesse, la jalousie de Rasi, ne servent qu’à meubler, mais ce film sans prétention est agréable à regarder, à l’inverse de « Murder » et « The Skin game ». L’histoire est un éternel recommencement, et l’on peut imaginer, à une autre époque, le King Elvis Presley chantant pour la première fois devant son futur imprésario de chez Sun Records, et que cela fasse l'objet d'un film.

Parce qu’il traite d’une musique qui a traversé le temps, « Le Chant du Danube » a bien vieilli. A l’inverse des opérettes de Francis Lopez avec Luis Mariano aujourd'hui bien démodées.

On peut s’étonner que le maître ait tant détesté ce film, lui qui accordait (on le voit avec sa collaboration avec Bernard Herrmann) une grande importance à la musique dans ses films. Songeons aussi aux deux « Homme qui en savait trop » et aux scènes d'orchestre si indispensables et si bien agencées.




L’hypothèse de la jalousie du maître envers la beauté des jeunes comédiens, à leur aisance sociale, au fur et à mesure que le tournage avançait, a été avancée, pour expliquer son agressivité sur le plateau où il fit régner la tension.

Ne boudons pas notre plaisir. Le film apporte un peu de fraîcheur et permet de passer un bon moment en écoutant une musique qui est toujours jouée chaque premier de l’an au Musikverein de Vienne.



"Le Chant du Danube" n'avait pas besoin d'un réalisateur comme Hitchcock. Le film aurait été un succès sans lui. Alors pourquoi cette boulimie filmique du maître, pourquoi accepter un projet de façon presque masochiste puisque ce tournage est une souffrance pour lui ? Sir Alfred n'aime que le suspense, et le scénario de "L'homme qui en savait trop" l'attend. On ne comprend pas. Ce n'est pas pour l'argent, il est moins payé que l'actrice principale. Et il savait à quoi s'attendre en tournant un film sur la famille Strauss. Pas de Jack l'éventreur à l'horizon. La décision du maître est un non sens total, alors qu'on l'a obligé (à la période BIP) a tourner certains films parce qu'il était sous contrat. Ce n'était pas le cas ici.




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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Mar 29 Jan 2013 - 20:37

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Dearesttara le Mar 29 Jan 2013 - 22:30

Ah, je suis content Patricks que tu ne sois pas aussi sévère envers Waltzes from Vienna. J'aime beaucoup cette petite comédie légère, sucrée, et si viennoise. Hitch a beau détester le film (LE PIRE que j'ai réalisé dira-t-il à Truffaut), il y'a quand même quelques jolis plans qui prouvent qu'il y'a accordé quand même un minima d'attention. Je pense vers la fin du film quand il fait de beaux jeux d'ombres sur la maison où Strauss se réfugie avant d'être rejoint par la comtesse.

Un point cependant : Au moment de composer sa symphonie inachevée, Schubert n'était connu que par un cercle restreint d'admirateurs. Le grand public ne le connaîtra que bien après sa mort (9 ans après sa mort, les violonistes éclatèrent d'un rire méprisant en déchiffrant sa 9e symphonie), et quasiment aucune de ses oeuvres ne fut représentée publiquement de son vivant. Cependant à l'époque du film, Schubert avait déjà plus de notoriété.

Bon sinon, histoire légère, mise en scène fluide, acteurs excellents (mention à la comtesse-cougar), 3/4 pour moi. Film très très très mineur, mais au charme intact. love

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Mar 29 Jan 2013 - 23:34

A l’est de Shanghai (Rich and strange)





Voilà le film qu’Hitchcock considérait comme le meilleur de sa carrière anglaise. On ne peut qu’être stupéfait quand cette carrière comporte des joyaux (« Les 39 marches », « Une femme disparaît », « La taverne de la Jamaïque », « L’homme qui en savait trop », « The lodger », « Jeune et innocent ») et que « A l’est de Shanghai », inspiré du récit d’un auteur de livres de voyages, Dale Collins, est bien pâle à côté.



Ce film n’est pas un suspense, mais une étude sur la désagrégation du couple, sans doute autobiographique. Pour cela, il faut bien connaître la vie du couple Alma-Alfred. Mais la morne vie conjugale du maître, en comparaison à celle des héros de "A l'est de Shanghai", était cent lieues plus terne.



Un couple marié, Emily et Fred Hill, reçoit une importante somme d’argent d’un oncle du mari. Lassés de leur vie routinière, le couple s’embarque pour un tour du monde. Ils vont chercher la liberté, chacun, à travers une aventure extra conjugale. Bien chaste en ce qui concerne la femme toutefois. En somme, après la scène du métro du début, on part vers l'exotisme. Mais ce film illustre la fragilité des couples qui se sont choisi sans savoir qu'ils échapperaient à leur destin tout tracé. L'argent soudain semble la liberté, mais elle est bien illusoire.



Tous deux en reviendront. Le mari sera volé par une fausse princesse et vraie escroc, la femme séduite par un commandant d’âge mûr, bien qu’il s’agisse d’une histoire « platonique ». A Colombo, le couple décide d’arrêter les frais et de revenir, mais ils sont victimes d’une tempête. Recueillis sans ménagement par des pirates chinois qui les ramènent à bord de leur jonque, ils auront la vie sauve et le spectateur a le sentiment qu'ils ont pris une bonne leçon et assez méritée.



Malheureusement, la scène de la tempête a été tournée à l'économie (comme tout le film). Donc le script se trouve illustré par un film terne et sans saveur. La BIP n'a pas voulu prendre de risques financiers, mais à miser peu, elle récoltera peu.



Ayant échappé à la mort et regagné Londres, le couple se chamaillera comme avant le départ.

Sur le papier, ce sujet n’a rien d’exaltant. Pour lui donner du piment, Hitch va engager sa première « blonde », Joan Barry dans le rôle d’Emily. Pour le rôle du mari, Sir Alfred s’enthousiasme pour un comédien pourtant superficiel, Henry Kendall. Ce dernier va le décevoir. Et à la sortie du film, Sir Alfred ira jusqu’à le traiter d’homosexuel, ayant sabordé son film. Son manque d’empressement envers sa partenaire est parait-il flagrant à l’écran.

Plusieurs scènes furent coupées : dans l’une, Emily défiait son mari de nager sous ses cuisses écartées, mais le mari s’exécutant, elle le coinçait sous l’eau. Elle le libère, il revient à la surface, l’accuse de l’avoir presque tué, et elle lui répond : « N’aurait-ce pas été une merveilleuse mort ? ». Il est évident qu'une telle séquence sado masochiste ne pouvait jamais voir le jour en 1931. En 1995, Famke Jansen dans "Goldeneye" offre une mort de ce style à son amant. C'est aussi ce que l'on peut voir de façon plus insidieuse dans "Body of evidence" en 1993 d'Uli Edel avec Madonna et Willem Dafoe, lors de la scène de la "cire brûlante". Hitchcock était décidément très en avance sur son temps.

De santé fragile, Kendall pendant l’été 1931 quitta le tournage, laissant ses partenaires continuer. Victime d’un empoisonnement sanguin, il dut subir plusieurs opérations et d’une longue convalescence.




Lorsqu’il revient, le reste du casting, Joan Barry en tête est parti, pris par d’autres engagements. Hitch doit filmer le comédien seul pour les scènes manquantes.

Pour tourner ce film, le maître espérait un budget confortable, des extérieurs, qui lui furent refusés par John Maxwell pour BIP (British International Pictures). Il dût se contenter de tourner devant des transparences. La seule scène « authentique » censée se dérouler à Suez fut abandonnée, en effet, tournée au bord de la Manche, le comédien Henry Kendall grelottait et cela se voyait à l’écran.

Mais le film souffre d’autres défauts. Lors de la première scène à Paris, les passants sont filmés en accéléré, comme au temps du muet. De même que les danseuses des folies bergères. Hitch s’était rendu avec Alma sa femme à Paris et avait voulu voir un lieu où l’on faisait la « danse du ventre ». On les conduisit…dans un b ordel !

A noter une scène franchement hilarante au Moulin Rouge, lorsque le rideau se lève. Emily pense que le rideau s’est levé trop tôt et que les danseuses n’ont pas eu le temps de s’habiller. Le personnage fait preuve d'une candeur étonnante. Voilà une femme assez sexy pour affoler tout mâle aux alentours, mais qui dans le même temps cumule une naïveté assez surprenante. Elle a d'ailleurs épousé un homme somme toute assez commun.

Dans la scène où il rentre chez lui et manie son parapluie, il montre son insignifiance. Le personnage deviendra d'autant plus crédible en se faisant duper par la princesse.

En fait, le film devient passionnant lors de la scène de la tempête et de l’évasion par le hublot du naufrage du paquebot. Mais c’est bien trop tard pour que le spectateur accroche véritablement. On trouve aussi une grande contradiction : le couple se reforme et se soude pendant la tempête, ce qui laisse penser que cette union va repartir sur des bases durables et solides, mais dès leur retour à Londres, hors du danger de la mer et des pirates, Emily et Fred vont à nouveau se dissocier.

Le commandant Gordon (Percy Marmont) présente un potentiel amant improbable pour Emily, elle est tellement jeune et belle, et il est fade et mûr, mais bien trop tranquille pour susciter la passion. A ce titre, l'aventurière fausse princesse que joue Betty Amann est nettement plus convaincante dans sa séduction envers le mari. Mais cette comparaison ne vaut qu'en tant qu'alter-égo de Percy Marmont, et certainement pas de Joan Barry.



On peut comprendre qu’Hitchcock, qui voulait faire un film ambitieux, ait manqué cruellement de moyens. Ensuite, le choix d’Henry Kendall est un désastre. Face à une Joan Barry séduisante en diable, il a un jeu assez épouvantable. On ne l’imagine pas un instant comme mari de la belle Emily.

Le seul atout du film est Joan Barry, au sujet de laquelle Sir Alfred émettait pourtant des doutes sur les capacités de comédienne. Il avait été déçu lorsqu’elle avait doublé Anny Ondra dans la version parlante de « Chantage ». Pourtant, elle est la bonne surprise et se révèle incroyablement sensuelle.

A ce titre, Joan Barry rend l'aventure du mari surprenante, puisqu'il aime une femme infiniment plus jolie que la princesse/aventurière qu'il essaie de séduire.



Ce film médiocre fait perdre la confiance qu’avait la BIP en Hitchcock. La carrière du maître en sera affaiblie. Il a toujours prétendu que son trajet aurait été différent si « A l’est de Shangai » avait été un succès. Mais l’on peut considérer que l’on apprend aussi de ses échecs.







Le public a oublié ce film, et ce n'est pas une grande injustice. Les autres films de la fin de son époque anglaise à partir de "L'homme qui en savait trop", supportent aujourd'hui nettement mieux la vision.

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Mer 30 Jan 2013 - 20:41

Number Seventeen 1932






En 1931, les relations entre Hitchcock et la BIP sont tendues. Sir Alfred veut se libérer du contrat qui le lie au patron de cette firme, John Maxwell. Il a envie de tourner « London Wall ». Maxwell fait exprès de confier à Thomas Bentley, autre réalisateur sous contrat, le projet que veut Hitch, alors que Bentley voulait faire « Number Seventeen » … dont hérite le maître contre son gré.

Mais une rumeur solide veut que le maître, connaissant le côté prévisible et négatif de Maxwell, ait fait exprès de renâcler à faire "Number Seventeen" pour se voir obliger de le faire, car il en aurait eu envie!


Pour s'affirmer, Hitch décide de détourner le roman de Joseph Farjeon, une intrigue policière, en parodie. Il est aidé en cela par son scénariste, Rodney Ackland.




A l’époque, la British International Pictures a produit trop de films et n’est plus rentable. Il lui faut donc tourner au moindre coût des films à petit budget dit « Quickie ». C'est un peu l'équivalent des films de série B double programme que l'on trouvait en France jusque dans les années 80 (souvent de karaté ou western).




Hitch va se déchaîner sur ce plateau en imaginant des poursuites abracadabrantes, en se servant de modèles réduits miniatures (train, bus, ferry boat). Il doit supporter Leon M Lion, acteur-producteur qui l’avait aidé à rencontrer John Galsworthy pour « The Skin game ». Cet acteur avait joué la pièce « Number seventeen » au théâtre. Sir Alfred, qui déteste l’acteur, va le tourner en ridicule en plaçant sa caméra toujours au désavantage du comédien.

Mais à l'arrivée, Lion obtient quand même un beau rôle comique. Il est de chaque plan du début à la fin, c'est à dire de la vieille maison à la scène finale post catastrophe ferroviaire. Pourtant, Lion en voudra à Hitch et lorsqu'il écrira ses mémoires, il occultera purement et simplement tout ce qui concerne le maître du suspense. La rencontre avec Galsworthy pour "The Skin game" et le film complet "Number 17".



Hitch prend les personnages au premier degré : l’héroïne est stupide ? Elle sera muette puis retrouvera la voix sans explication. Le train sera vu par la fenêtre de la maison, mais passera en dessous. L’un des personnages dit même que le train pour le ferry boat qui permet de quitter l’Angleterre est situé sous la maison. Quant au début, il est filmé dans un escalier, à la lueur de bougies.



On peut comparer cette façon de tourner au « Batman » télévisé de 1966, c'est-à-dire « Camp ». Hitch filme ce polar de façon tellement sérieuse que cela devient du grand guignol et de la parodie.

Fordyce (John Stuart), le héros, qui se révèlera être le détective Barton, découvre un cadavre dans une vieille maison portant le numéro 17. Il rencontre un certain Ben Bolt (Leon M Lion), un vagabond. Une femme tombe du plafond, si si ! C’est Rose (Ann Casson). Elle prétend que le cadavre est son père.

Les personnages ne sont pas ce qu’ils prétendent. Le mort n’est pas le père de Rose, qui est bien vivant. Il y a aussi un autre personnage , un gangster nommé Sheldrake, qui est un imposteur. Il y a le vrai et le faux Sheldrake, et également un célèbre détective, Barton, qui au départ est censé être Henry, l’un des bandits, mais le vrai Barton surviendra. Vous ne comprenez rien ? C’est voulu. Hitchcock a tellement embrouillé son adaptation qu’il ne reste rien du roman de Joseph Farjeon à l’arrivée.

Sur le tournage, c’est aussi la foire. Des propriétaires de chats ont été sollicités pour le tournage. Mais lorsqu’un assistant tire un coup de feu, les chats se sauvent, et pas dans la direction voulue par le réalisateur. Dans le studio, les propriétaires de chats continuent de chercher leur animal pendant que l’on tourne.

Cependant, Hitch reniera ce film, il n’est pas fier de sa farce. Des critiques tenteront de réhabiliter le film en mettant en évidence son talent pour le suspense, mot qui n'existait pas à l'époque, mais que reprendront dans des analyses bien plus tard Truffaut, Donald Spoto ou Eric Rohmer.



Rose montre un télégramme, où il est question d’un bandit, Sheldrake, venant récupérer un collier, et d’un détective, Barton qui ordonne de surveiller la maison numéro 17.

Le huis clos dans la vieille maison du début devient vite irritant. Il ne se passe rien, et lorsqu’il se passe quelque chose, cela n’a aucun sens. Hitchcock gaspille de la pellicule et notre temps. Il se rattrapera cependant avec la fin en forme de poursuite infernale.

Le cadavre a disparu. Le film parodie les œuvres expressionnistes allemandes et les films d’épouvante. Hitch joue sur les ombres qu’il grandit de façon démesurées.





Un couple d’acheteurs arrive à minuit et demi pour visiter le Numéro 17 comme si c’était une heure normale pour visiter une maison. La femme, Nora (Anne Grey) est muette. Elle est accompagnée d’un certain Brant (Donald Calthrop).

Un certain Henry se présente alors, il est le neveu de Brant, qui ne le reconnaît pas. En fait, tous les protagonistes font partie d'un gang de voleurs de bijoux qui veut quitter l'Angleterre, et s'est donné rendez vous au numéro 17, en portant chacun une petite plaque où est inscrit ce numéro, signe de reconnaissance.

On a le sentiment que les comédiens ne connaissent pas le script dans sa globalité et ont appris uniquement leur personnage. Cela donne un sentiment de confusion totale.

Hitchcock tourne ici en dérision le film policier en poussant chaque situation à l’absurde, en faisant des gros plans sur des visages tourmentés.



Le réalisateur brouille les cartes avec des coups de théâtre qui se succèdent. Le faux Sheldrake, au visage sanguinolent, est en fait le père de Rose. Il la libère ainsi que Fordyce/Barton qui a été ficelé par les bandits.
Les bagarres sont maladroites et décousues. Hitch filme en accéléré les luttes. Lors d’une bagarre, l’horripilant Leon M Lion alias Ben le vagabond assomme le père de Rose (le faux Sheldrake) au lieu du vrai. Les jeunes gens à peine libérés se retrouvent avec des nœuds au poignet. C’est alors que la sourde-muette Nora se met à parler au couple : « Je reviens ».

« C’est comme au cinéma » dira Rose, dédramatisant l’histoire et montrant que tout cela n’est pas sérieux. Hitch va explorer pendant cette farce des pistes qu’il reprendra ensuite. Barton tombe dans le vide, et l’on pense à « Vertigo ». Quand aux scènes de train (en maquettes), certains y ont vu « La mort aux trousses » avant l’heure.

Mais les critiques qui voient dans le collier caché dans la chasse des WC une allusion à la douche de « Psychose » vont tout de même un peu loin.




43 minutes (sur 1h01) ont passé quand nous quittons la maison ! Mais Hitch, sans moyens et avec des maquettes, va nous donner notre dose de frissons au-delà de ce que les 43 premières minutes pouvaient nous laisser espérer.

La comédie loufoque continue. Ben a réussi à monter dans le train. Il a volé le collier qu’un bandit a récupéré dans la chasse des WC, et dans le wagon plateforme où il se trouve, il est entouré, à sa grande joie, par des caisses de Whisky !

Barton menace un chauffeur de bus avec une arme pour rattraper le train, secouant les passagers.
Le collier ne cesse d’être volé et repris et fait l’objet d’une poursuite. On est davantage chez Benny Hill ou Laurel et Hardy que chez Hitchcock.

Dans la scène finale, les bandits tuent l’un des chauffeurs de la locomotive et l’autre s’assomme. Le train lancé à toute vitesse devient une machine folle, mais le bus parvient malgré tout à le rattraper.

Le MacGuffin du film, c’est un collier de diamants. C’est le prétexte à une histoire complètement absurde.
Après la catastrophe, Sheldrake (qui se nomme en réalité Doil) tente de se faire passer pour Barton, mais il est confronté au vrai inspecteur Barton, alias Fordyce (John Stuart) qui le démasque.

Mais rien de sérieux ou de dramatique dans cet épilogue. Les comédiens sourient au lieu de prendre une attitude de circonstance, en fait c’est un peu comme si le rideau s’était levé et que les acteurs disent au public, comme l’a dit Rose : « C’est comme au cinéma ».

Malgré un script loufoque, on donnera deux melons au maître pour la scène finale, faite avec des bouts de ficelle, qui pour l’époque, relève du prodige. Comme cadeau de mariage, Ben offre à Nora (sauvée de la noyade par l’inspecteur) et au dit Barton…le collier de diamants.







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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Mer 30 Jan 2013 - 21:11

Le prochain film chroniqué porte le titre français de AGENT SECRET et anglais de SABOTAGE, il est tiré du roman de Joseph Conrad.


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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Dearesttara le Mer 30 Jan 2013 - 22:27

J'adooooooooore Numéro 17, une parodie de films d'espionnage pas loin des Monty Python ! Des invraisemblances en veux-tu en voilà, des rebondissements éléphantesques, des persos vraiment siphonnés... c'est gros, c'est improbable, c'est drôle. A côté, on a une poursuite en train très longue et très entraînante malgré le budget maigrelet. Un des premiers McGuffin d'Hitchcock. 4/4 pour cette farce un peu série B, atypique du grand Hitch.

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Jeu 31 Jan 2013 - 0:04

Agent secret (Sabotage) 1936



Après « Quatre de l’espionnage », le scénariste Charles Bennett et Alfred Hitchcock s’attaquèrent au roman de Joseph Conrad « The secret agent ».

Pour ce film, Hitch travaillait avec les producteurs de la Gaumont Ivor Montagu et Richard Bacon. La pré-production se déroula à l'initiative du maître à Saint Moritz, en Suisse, entre deux verres du cidre préféré de ce dernier. Avec l'équipe de la Gaumont, il présenta l'ébauche du film à venir.

Le roman se passait en 1907 et narrait les aventures d’un groupe terroriste, mais Hitch savait qu’il y avait le potentiel pour faire une bonne histoire se déroulant en 1936.

L’adaptation conserve certains personnages (M et Mme Verloc, Stevie, le jeune frère de Mme Verloc) mais élimine la mère. L’explosion qui tue Stevie et précipite la chute du traître n’est que relatée par un inspecteur dans le livre, alors qu’elle devient un élément majeur dramatique dans le film.




Sir Alfred avant même de commencer le tournage fit filmer la procession annuelle du Lord Maire qu’il intégrera ensuite dans l’histoire. Le film égrène les jours comme un compte à rebours en les annonçant à l'image, procédé qui sera souvent repris par la suite (On pense à "Sans mobile apparent" de Philippe Labro).

Comme dans « Les oiseaux », il est question de mauvais présage lié aux volatiles. Ici, c'’est le repaire des terroristes qui est abrité dans un magasin d'oiseaux dirigé par "Le professeur".

Hitch créa plusieurs scènes qui ne sont pas dans le livre, comme la rencontre dans le zoo de Londres entre Verloc et son commanditaire. Après le départ de ce dernier, Verloc regarde l'aquarium et voit soudain, dans un fantasme, la destruction de Londres qui se superpose à la faune sous marine.





Ted (John Loder), le policier amoureux de Sylvia Verloc (Sylvia Sydney), est aussi une idée d’Hitchcock. Ted fut écrit pour Robert Donat. Cet amour devient évident lorsque, simple maraîcher, il invite Sylvia et son frère Stevie dans un grand restaurant.



Dans le livre, le saboteur Verloc est un simple commerçant, ici, il est propriétaire d’une salle de cinéma, « Bijou cinéma ».

Walt Disney étant le cinéaste préféré du maître, il imagina que dans la salle se jouait « Silly symphony ».

Du roman, il décida de changer la fin : Sylvia Verloc ne se suicide pas mais est sauvée par l’amour de Ted. Toutefois, la fin est un peu tirée par les cheveux. Sylvia veut avouer le meurtre, elle le dira même au chef de Ted qui ne se souviendra pas si elle l'a dit avant ou après que le professeur fasse sauter le cinéma.



Trois scénaristes travaillèrent sur la copie du script de Bennett : Helen Simpson, Ian Hay, Ted Emmett. Ted Emmett est en fait le pseudonyme de … Alma Reville.

Hitch admirait l’américaine Sylvia Sydney et voulait absolument tourner avec elle. Sa distribution idéale était Robert Donat et l’américaine. Donat accepta le film, mais dut y renoncer en raison d’une crise importante d’asthme. La mort dans l’âme, le maître dut se rabattre sur un acteur médiocre, John Loder. Il confiera plus tard à Truffaut que c’était une grosse faute de casting.



Peter Lorre fut envisagé pour Verloc, mais il était brouillé avec Hitchcock. L’allemand Oscar Homolka le remplaça sans problèmes.

Pourtant, le beau mécanisme s’enraya lorsque Hitch fut en contact avec Sylvia Sydney. Elle se comporta comme John Gieguld dans « Quatre de l’espionnage », refusa de l’écouter, et très vite leur relation tourna au désastre.

En voyant le talent éclatant de l'actrice à l'image, on ne peut que donner tort au maître. Il s'est privé ainsi d'une fabuleuse comédienne pour la suite de sa carrière.

Elle est prodigieuse, mais en un seul film, on ne peut la juger l'égale d'Ingrid Bergman ou de Grace Kelly. Fascinante héroïne hitchcockienne en un film, elle aurait sans doute été incontournable par la suite si les choses s'étaient mieux passées.



Ce ne sera pas le cas. A tel point qu’en plein tournage, elle fondit en larmes et menaça d’abandonner le rôle. Elle se rebella contre lui, fit valoir qu’elle était plus payée que lui, et par presse interposée, ils ne cessèrent de se quereller.

Son visage si beau mais si désespéré hantera longtemps le spectateur. Il devient absolument impossible d'imaginer le film sans elle, alors que l'on fait "sans" Robert Donat.

Pour couronner le tout, Hitch s’opposa aux producteurs de la Gaumont pour des raisons budgétaires. Il ne travaillera d'ailleurs plus avec Bacon après le film.



A sa sortie, le film fut controversé en Angleterre à cause de la mort du jeune frère de l’héroïne. Mais aux Etats-Unis, sorti sous le titre de « The Woman alone », le film plut aux critiques.

« Agent secret » est considéré comme un chef d’œuvre par les cinéphiles. Mais les anglais ont toujours détesté ce film.

Oscar Homolka est prodigieux en saboteur. C’est un méchant de légende dans l’univers du maître. On considère après coup que la défection de Peter Lorre est une chance pour ce comédien si doué.

Sylvia Sydney est également admirable, et le film ne se ressent pas des dissensions avec le réalisateur. Son visage incarne avec beaucoup de finesse la souffrance. Elle est, et de loin, le meilleur atout de "Agent secret".

Le film est construit comme un compte à rebours. Il est question d’une bombe. La panne d’électricité du début nous met tout de suite dans l’ambiance paranoïaque du métrage.



Sylvia Sydney attire un capital sympathie énorme et charme le spectateur. Le petit Desmond Tester, que le maître appelait « Testicule » (ce qui mettait hors d’elle Sylvia Sydney, peu réceptive à l’humour britannique du bonhomme), est parfait en Stevie.

Quel dommage que nous n’ayons pas eu Robert Donat, même si la belle comédienne américaine compense son absence. John Loder est un jeune premier assez ordinaire. Ce manque d'éclat de son partenaire masculin fait que le talent de Sylvia Sydney est encore plus évident.

Ted, en fait, est un inspecteur de Scotland Yard, Ted Spencer. Lors de la réunion des espions, il manque se faire prendre et doit son salut au jeune garçon.

Coincé par l’inspecteur Ted Spencer, Anton Verloc fait évacuer la bombe par le petit frère de sa femme, en lui donnant un paquet contenant des bobines du film « Bartholomey l’étrangleur »(et la bombe). Mais Stevie s’attarde en route et est tué par l’explosion de la bombe. Ainsi que les occupants d’un autobus.

Dans le roman de Joseph Conrad, les méchants sont des anarchistes. En 1936, Hitch les transforme en vagues espions allemands. Mais le réalisateur ne donne pas d’autres précisions sur la nature des terroristes.

Lorsque Sylvia apprend la mort de son frère, elle s’évanouit. Elle voit le visage de son frère à son réveil au milieu d’autres enfants. Elle se met à rire comme une folle dans la salle de cinéma en voyant un Disney.
Sylvia tue son mari avec un couteau. L’affrontement entre le réalisateur et l’actrice surviendra lors du tournage de cette scène. Elle ne la concevait pas de la façon dont Hitch voulait la tourner.



Amoureux de Sylvia, Ted Spencer la protège et veut fuir avec elle. L’oiseleur complice de Verloc trouve le cadavre et meurt en faisant sauter la salle de projection .On maudit Hitchcock de s’être brouillé avec la magnifique Sylvia Sydney que l’on aurait tant aimé revoir dans l’univers du maître.

« Agent secret » précède une trilogie de très bons films qui vont conclure la carrière anglaise d’Hitchcock : « Jeune et innocent », « Une femme disparaît » et « La Taverne de la Jamaïque ».

Malgré Sylvia Sydney, il manque ce "petit quelque chose" qui fait d'un film un chef d'oeuvre. L'atmosphère de paranoïa des premières images n'est pas maintenue tout au long du film. La médiocrité de Loder affadit quelque peu le film. Matthew Boulton en superintendant Talbot est excellent, mais "le professeur" aurait mérité d'être interprété par un comédien moins falot. On passe très près quand même des quatre melons.









Malgré tout le respect et le talent éclatant de Bergman, Sylvia Sydney, par son visage expressif à la fois grave et beau, aurait été une Alicia Huberman tout à fait admirable dans "Les Enchaînés". Mais on ne refait pas l'histoire et l'on regrette de toute façon déjà que Bergman n'ait pas davantage joué dans les films du maître.

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Jeu 31 Jan 2013 - 17:41

Nouvelle présentation et critique faite à partir du dvd, la première avait été faite avec you tube sur internet. J'ai aussi étoffé le texte.

The Pleasure Garden 1925






Il faut bien commencer un jour, et "The Pleasure garden" est le premier film d'Hitchcock (Nous verrons cependant que ce n'est pas si simple et pas vraiment le premier). C'est un moyen métrage muet de 60 minutes, du genre mélodrame, tourné principalement en Allemagne, avec des extérieurs filmés en Italie.

Le métrage est co-produit par la firme allemande Emelka (souvent appelée MLK). Pour incarner le rôle principal, il était indispensable d'avoir une vedette américaine. Le choix se porta sur Virginia Valli, qui avait débuté à Chicago en 1915 aux studios Essanay, mais qui avait acquis le statut de star grâce à la Fox et Universal.




C'est ce qui est considéré comme le premier "vrai" film du maître, après sa carrière de dessinateur d'intertitres.
Le film a été produit par Michael Balcon de la Gainsborough.

Plus tard, Hitch dira à Truffaut qu'il n'était pas emballé par son premier opus : mélodramatique mais avec quelques scènes dont il était fier.



Alma Reville, la future femme de Sir Alfred, se rendit à Cherbourg pour accueillir Virginia Valli, mais aussi Carmelita Geraghty, qui arrivaient à bord de l'Aquitania. Elle les accompagna à Paris. Grevant le budget du film, les "stars" voulurent descendre au Claridge, sur les Champs Elysées...pour un film qui allait se tourner à Gênes!



Pendant ce temps, Hitch quitte Munich avec le comédien Miles Mander, qui incarne Levett. Très vite, le réalisateur prit en grippe Mander, qui sera le premier d'une longue lignée de comédiens et comédiennes avec lesquels le courant ne passera pas. Deux autres personnes les accompagnaient : Gaetano Ventimiglia (qui joue dans le film mais est aussi le directeur de la photographie) et un caméraman d'actualités. Les quatre larrons transportaient très peu de matériel, les caméras et de la pellicule. A la douane, Ventimiglia conseille à Hitch de ne pas déclarer la pellicule pour éviter les droits : les douaniers confisquent le tout. Le maître envoie à Milan un caméraman qui achète dix mille pieds de pellicule, alors qu'entre temps, la marchandise est dédouanée! Hitch se retrouve avec plus de film qu'il ne faut, mais le budget commence à être mis à mal. Le gros homme est contraint de télégraphier à Londres pour qu'on lui envoie de l'argent. Comme une peine d'argent n'arrive jamais seule, le maître se fait déposséder de son portefeuille qui contient tout son argent personnel : 10 000 lires. C'était beaucoup à l'époque. Hitch va alors emprunter de l'argent à ses comédiens, qui n'aimeront pas du tout cela.

Plus tard, devenu un réalisateur confirmé, il n'hésitera pas à raconter à qui veut l'entendre ses petits malheurs sur le tournage de "The Pleasure garden".



Le premier jour de tournage, qui était dans la deuxième semaine de mai 1925, l'actrice allemande qui joue la maîtresse de Mander a ses règles et ne peut entrer dans l'eau. Pathétique, Hitch ne comprend pas. Lui, qui se mariera avec Alma le 2 décembre 1926, ne savait pas comment une femme est faite et ignorait tout de la menstruation. Il avait pourtant 26 ans et il lui suffisait d'ouvrir un livre de biologie pour le savoir.





L'intrigue relate la vie de deux danseuses : l'une, Patsy (Virginia Valli) a un mari volage qui la trompe en Afrique avec une indigène. Levett, le mari (Miles Mander) a peu de charme : plus âgé que Patsy, portant moustache, il se révèle être un alcoolique.

L'autre, Jill (Carmelita Geraghty) se laisse séduire par un prince, Ivan (Karl Falkenberg) qui n'a rien d'attirant non plus. Elle rompt pour cela avec son fiancé, Hugh Fielding (John Stuart) qui est le seul "jeune premier" du film.

Au début de l'histoire, nous voyons Patsy se faire engager par Monsieur Hamilton, le patron du théâtre "Pleasure garden" (Georg H Schnell). Sa démonstration de danse nous laisse sceptique, mais elle est engagée. Il lui propose un cachet de cinq livres, elle en obtient vingt.

On trouve quelques idées de mise en scène dans ce film. Par exemple, lorsque Patsy rejoint son mari, il noie l'indigène qui revient le hanter sous forme de fantôme et l'engage à tuer avec un sabre sa femme.



Dans les scènes censées se dérouler en Angleterre, notons aussi la façon dont Hitch filme le chien de la famille Sidey.

Comme dans tout mélodrame, un ami de Hugh, très malade, abat d'une balle de révolver le mari alcoolique au moment précis où il allait occire sa légitime avec le sabre.

Ce film est tiré d'un roman de Marguerite Barclay, dont le nom d'écrivain était Oliver Sandys.

Avant ce film, Hitch s'était essayé à mettre en scène un film en 1922, "Number Thirteen", qui fut inachevé, et dont la copie de ce qui fut tourné est perdue. Mais "The Pleasure garden", s'il est considéré comme le premier film "officiel" du maître, l'est-il vraiment ? Eh bien non, il a co-réalisé "Always tell your life" en 1923 avec Hugh Croise, et a été assistant réalisateur de Graham Cutts pour "The White shadow" (1924), "The Passionate adventure " (1924), "The Blackguard" (1925) et "The Prude's fall" (1925). A quel moment, et avec les années il sera impossible de le savoir, peut-on le créditer comme co-réalisateur de certains films ? Car les récits varient sur les conditions dont Cuts et d'autres furent crédités comme seul réalisateur au générique.



Dans ce premier film "officiel" , Alma Reville était son assistante et monteuse. Le tournage eut lieu au studio Geiselgasteig et au port de Gênes.

Film qui mélange les nationalités, on trouve deux actrices américaines (Virgina Valli et Carmelita Geraghty), un cameraman sicilien noble, le baron Gaetano Ventimiglia, un scénariste anglais, Eliot Stannard.



Aujourd'hui, "The Pleasure garden" a surtout valeur de document sur la préhistoire Hitchcockienne, mais bien malin celui qui aurait pu déceler dans cette oeuvrette qu'elle serait la première étape vers la carrière de celui qui reste le maître du suspense.





On le voit : compter les films d'Hitchcock au cinéma n'est pas simple : lors de la présentation de "Complot de famille" en 1976, il déclare que c'est son 53e film, alors qu'il en a tourné 54. On pouvait penser que certains incluaient le film inachevé de 1922 "Number Thirteen".

Eh bien non, en fait le réalisateur conteste la paternité d'un film de 1930, "Elstree calling" Le film est officiellement attribué au seul Adrian Brunel, mais Hitch y a réalisé des sketches et "interpolations". Casse tête pour le critique. Avec Hitchcock, rien n'est jamais simple, tout est trouble. Il aurait en fait réalisé une bonne partie du film mais l'a fait créditer à Brunel, le trouvant épouvantable...

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Jeu 31 Jan 2013 - 19:32

Prochaine critique, un des trois derniers films "années 30" Jeune et innocent



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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Jeu 31 Jan 2013 - 23:22

Jeune et innocent (Young and innocent) 1937











Après le mauvais accueil (fort injuste) réservé à « Agent secret », Hitchcock préparait l’adaptation de « A shilling for candles », roman paru en 1936 et signé Josephine Tey (alias Elizabeth Mackintosh).

Ted Black, de la firme Gainsborough, était aux manettes de producteur.

Pour d’obscures raisons, la France attendra…juin 1978 pour sortir le film en salles. Les américains amputeront le film, pourtant déjà pas long, de la scène de colin-maillard. Alors que nous avons ici l’un des meilleurs Hitchcock, une version « décontractée » des « 39 marches ». Voilà un film sous-estimé et qu’il faut réhabiliter.





Hitch eut l’idée de ne garder que certains éléments du roman, pour en faire une comédie sentimentale.
Et il faut dire que l’on ne s’ennuie pas une seconde dans cette mécanique bien huilée. De serveur au chômage, le héros injustement accusé du meurtre de Christine Clay, une actrice, devient scénariste.

Dans le livre, il n’y a pas de love story entre la fille du policier et l’accusé. Sir Alfred a tellement modifié la trame que le studio décida de changer le titre en « Young and innocent » (‘Jeune et innocent »).




Quiconque a vu ce film ne peut l’oublier. Il y a le fameux mari assassin de Christine musicien dans un orchestre et affecté d’un tic (il cligne de l’œil), les quiproquos (tout le monde prend le héros pour le petit ami de la fille du policier). Tout cela d’ailleurs ne figure pas dans le roman dont s’inspire le film.

Pour le rôle du faux coupable, Robert Tinsdale, Hitch fait un choix assez discutable : le trop décontracté Derrick de Marney. Ce comédien ne se prend pas au sérieux, et nous communique sa bonne humeur et son dynamisme au détriment de ce qu’il reste de sérieux dans l’intrigue. Il avait surtout une expérience de théâtre. Il semble ne pas croire à son personnage d’homme en fuite accusé à tort.




Nova Pilbeam (Betty dans « L’homme qui en savait trop ») qui avait 18 ans et était devenue une ravissante jeune femme est choisie pour jouer Erica, la fille du policier..Elle sera pressentie pour « Une femme disparaît » mais Margaret Lockwood lui sera préférée. Elle a aujourd’hui 93 ans (premier mari , Pen Tennysonn assistant réalisateur dans « Jeune et innocent », mort à la guerre en 1941, second mari est mort en 1972, elle a eu une fille en 1952). Nova a abandonné le cinéma en 1948).





Il est vrai que le couple fonctionne à l’écran dès les premières scènes. Dommage que le maître se soit comporté de façon caustique avec De Marney qui se plaignit à la presse. Il n’arrêtait pas de le mettre en boîte. Hitch était surtout furieux que le tournage soit interrompu (on passe du studio Lime Grove pour aller à Pinewood). Charles Bennett qui a commencé le script, part en Amérique, engagé par David O’Selznick. Plusieurs scénaristes seront crédités au générique, mais c’est en fait le maître qui modifiera l’histoire à son gré durant le tournage.



Nova tomba amoureuse de Pen Tennyson, l’assistant réalisateur, et ils se marièrent en 1939. Avec la suite tragique évoquée plus haut.

Deux jours furent nécessaires pour tourner la scène finale, lors du bal, où le mari de Christine se cache dans un orchestre. Grimé en noir, il est le batteur. Hitch fait un travelling de 45 mètres avec sa caméra, emploie une grue, et fait que cette séquence entre dans l’histoire du cinéma.
Il mit la caméra sur la grue, lui fit traverser la grande salle de bal et fait un gros plan sur les yeux qui clignent de l’assassin.


(l'apparition traditionnelle de Hitch au tribunal)


C’est le comédien George Curzon (1898-1976) qui interprète l’assassin sans nom (à moins qu’il ne porte le nom de son épouse, Clay ?), qui a tué Christine par jalousie. George Curzon est aussi le nom d’un chef d’état britannique (1859-1925) et tandis que l’acteur a sombré dans l’oubli, son homonyme célèbre l’a occulté dans les mémoires.

Le père d’Erica/Nova Pilbeam est le colonel Burgoyne joué par le débonnaire Percy Marmont vu dans « A l’est de Shanghai » et « Quatre de l’espionnage ».





A la 25e minute, Erica est déjà amoureuse, elle tremble lorsque son père reçoit un coup de fil « On ne l’a pas encore arrêté ».

Dans le film, lors des séquences en voiture, on voit un chien. Tant Hitchcock que Nova Pilbeam s’en entichèrent, et le maître (qui au fond n’était un gros ours pas méchant) rajoutera des séquences pour que l’animal reste davantage sur le tournage.

Les biographes estiment que le maître se montra gentil avec Nova car il savait qu’il n’en tirerait rien de plus et qu’elle ne serait jamais une héroïne de ses films. Voilà un jugement bien sévère. L’actrice est parfaite.
Si le maître a vu juste concernant Ingrid Bergman et Grace Kelly, il a surestimé le mannequin Tippi Hedren « la blonde de trop » et la fade Joan Fontaine, et sous estimé à la fois Nova Pilbeam et Sylvia Sydney (« Agent secret »). On ne peut pas dire que son jugement était infaillible. Sauf lorsqu'il remis à sa (juste) place le mauvais ersatz de Marilyn qu'était Kim Novak (Vertigo).




Par contre, le jeu de Derrick de Marney est vite limité. Sans atteindre la médiocrité de John Loder dans « Agent secret », De Marney est trop sûr de lui, et cela gâche en partie le suspense. Son regard ironique, ses airs roublards, qui contrastent avec la pureté de Nova Pilbeam, nous font nous interroger sur le choix du maître.
Les décors sont pittoresques (le moulin, le jardin de l’oncle Basile – sic- joué par Basil Ratford à ne pas confondre avec Basil Rathbone).




Pour s’innocenter, Robert doit trouver un pardessus que lui a volé un clochard qui contient la ceinture qui aurait étranglé Christine Clay. Dans le roman, Robert est accusé à cause d’un bouton de l’imperméable retrouvé sur le corps et non une ceinture.

Le vagabond, Will (Edward Rigby) est l’un des personnages indispensables du film, surtout de la scène finale, mais il ne faudrait pas oublier l’oncle Basile, ni la tante Margaret (Mary Clare) lors de la scène de l’anniversaire de Félicité. Ces personnages qui semblent, au premier abord, inutiles à l’intrigue, font en fait tout le charme de « Jeune et innocent ». Par exemple, le nain de pierre que le fuyard offre à la tante d’Erica pour Félicité (il l’a volé en entrant), ou le nom de famille saugrenu que donne Robert : Bitchton Wallanclum.




Par contre, on se demande bien pourquoi les américains, en sortant le film sous le titre « The girl was young », censurèrent la partie de colin maillard !

A la 48e minute, le film bascule dans la noirceur et la réalité lorsque la tante Margaret dénonce Erica.
Après la découverte du vagabond, le film nous présente une séquence, dans l’ancienne carrière, que le maître reprendra dans « La Mort aux trousses », celle où Robert sauve in-extrémis Erica dont la Morris est engloutie dans un éboulement.

On s’aperçoit alors que le nom de famille Burgoyne se transforme en… Durwen, nom qu’avait mentionné la tante Margaret.




Les amoureux séparés, Erika affronte son père. Il va démissionner. Mais tel Roméo, Robert a escaladé le mur jusqu’à la chambre où la jeune femme est consignée. Elle se jette dans ses bras.

Le film, qui nous a surtout amusés, aborde un registre plus sombre, et Derrick de Marnay, décevant au début, trouve enfin le ton juste. Dommage que nous en soyons à 1h09 sur les 1h12 que compte le métrage.
Nous abordons la scène finale du Grand Hotel, dont des allumettes ont été découvertes dans le pardessus de Robert. Le vagabond raconte que l’homme qui lui a donné le vêtement cligne des yeux.

Avec le dénouement heureux et la fin inespérée, Sir Alfred se désintéresse totalement de l’intrigue policière. Ce qui compte, au-delà des improbables aveux du tueur, c’est la réconciliation père fille. Burgoyne (ou Durwen) serre la main à son futur gendre de façon un peu crispée.

Mention très bien à Nova Pilbeam, passable à de Marnay qui aurait pu adopter un jeu plus subtil plus tôt (on ressent ici le manque de direction de l’acteur dû sans doute aux mauvaises relations avec le metteur en scène).
Cette-fois, on applaudit au spectacle et le film gagne quatre melons amplement mérités.









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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Ven 1 Fév 2013 - 21:02

Une femme disparaît (The Lady vanishes) 1938








Après « Jeune et innocent », Hitchcock décide d’aller en Amérique tenter sa chance.

Il avait dans ses bagages un projet de film : l’histoire d’un père escroc et de ses alibis. Ce film aurait eu pour vedette Nova Pilbeam.

Hitchcock fit le voyage pour rien. L’agence Selznick voulait lui faire signer un contrat, mais rien de concret ne devait aboutir.

Revenu dans la patrie natale, Hitch prit en route un film que devait réaliser Roy William Neill (qui sera le metteur en scène des « Sherlock Holmes avec Basil Rathbone), et dont des scènes avaient été tournées en Yougoslavie.

R W Neill avait abandonné le projet.

Tiré du roman « The wheel spins », d’Ethel Lina White, l’adaptation était déjà finalisée par deux scénaristes, Sidney Gilliat et Frank Launder. Habituellement, le maître engageait de nombreux scénaristes, mais il n’eut pas cette opportunité ici.

De plus, pour le rôle principal, Iris Henderson, il envisageait de retrouver Nova Pilbeam. Ted Black, le producteur, lui conseilla plutôt Margaret Lockwood et ce fut la fin de la collaboration entre Nova et Hitch.

On ne peut que regretter qu’il en fût ainsi. Nova avait beaucoup plus de charme que Margaret.

Pour éviter de désigner l’Allemagne nazie comme adversaire, les scénaristes avaient inventé un pays imaginaire, le Bandrieka. Mais aucun ne spectateur ne sera dupe. Les uniformes, les armes, les voitures, notamment lors de l'attaque du train, ou encore le patronyme du méchant (Hartz) ne laissent aucun doute.





Pour montrer la sauvagerie d’Hitler, on montre un britannique, l’avocat Eric Todhunter (Cecil Parker) qui ne se sent pas concerné par l’histoire et agite un drapeau blanc : il est froidement abattu. Cela renforce l’aspect politique du script. Les pacifistes, mais Eric est plus un lâche qu’autre chose, y passeront comme ceux qui luttent. Alors autant essayer de sauver sa vie et de se battre.

May Whitty est l’autre héroïne du film, une femme agent secret qui préfigure la Miss Marple de Margaret Rutherford. Elle interprète la femme qui disparaît dans le train, Miss Froy.




C’est Ted Black qui choisit Michael Redgrave, acteur de théâtre venu sur le tournage sans cacher son mépris pour le cinéma. Il tient le rôle de Gilbert, un anglais excentrique, qui se passionne pour la musique folklorique – tout en fuyant les créanciers de son défunt père – et va tomber amoureux d’Iris.

On peut considérer que son jeu, pas très convaincant au début en railleur, s'améliore nettement vers le milieu et la fin du film.

Hitch commence le film par un travelling sur le train sous la neige. Le tournage avait lieu au studio Lime Grove, pour des raisons d’économie, et l’on y favorisait les films se déroulant dans des trains et autres véhicules.
A la différence des « 39 marches » ou de « Jeune et innocent », le film met du temps à démarrer.

Mais ce défaut est imputable à Hitch et non aux deux scénaristes, car il a un peu inutilement surchargé les 20 premières minutes de comédie.




Le prologue dans l’auberge sert à une longue scène d’exposition des personnages : les deux joueurs de cricket, le couple adultère (un avocat et sa maîtresse), le psychiatre, le prestidigitateur.



Le premier meurtre, celui d’un musicien, auquel Miss Froy jette une pièce du haut de sa chambre, nous prépare au climat de mystère et de terreur qui va régner dans l’intrigue.

Le tournage se déroula dans la tension et les difficultés. Redgrave ne comprenait pas les tactiques d’Hitchcock, et surtout le timing : « Au théâtre, disait il, on a trois semaines pour répéter ». « Ici, répondit Sir Alfred, vous avez trois minutes ».

Redgrave ne se fit jamais à l’humour du maître, mais finit par se détendre et accepter la situation.

En revanche, les deux scénaristes (Gilliat et Launder) en voulaient à Sir Alfred, ils se rendaient compte qu’après avoir feint d’accepter le script en l’état, il le détournait en un mélange de comédie et de suspense à sa sauce.

On ne pleurera pas sur le sort de la médiocre Margaret Lockwood : elle se plaignait d’avoir affaire à un « bouddha somnolent » en guise de réalisateur. Elle n’avait qu'à pas prendre la place Nova Pilbeam ! (avec qui le film aurait été bien meilleur).

A la 31e minute, Iris (Margaret Lockwood) s’endort. A la 32e, Miss Froy a disparu et le cauchemar commence.

« Une femme disparaît », malgré quelques erreurs de casting, est un chef d’œuvre de paranoïa. Voulant savoir si le déjeuner est réservé, Iris demande aux autres passagers où Miss Froy est passée.

A partir de là, nous savourons un scénario béton et une mise en scène impeccable. Le magicien, Doppo (Philip Leaver) a un air abruti qui cache un personnage redoutable et dangereux. La baronne Athena (Mary Clare, la tante Margaret dans « Jeune et innocent ») est ici grimée en vieille bique façon Rosa Klebb/Lotte Lenya dans « Bons baisers de Russie ». Le psychiatre, le docteur Ivon Hartz (Paul Lukas) a tout du méchant hitchcockien de la plus pure tradition.



Comme Iris a reçu un gros pot de terre sur la tête à la gare (une tentative d’assassinat ratée contre Miss Froy), on la fait vite passer pour folle.

Par égoïsme, afin que le train ne soit pas arrêté et qu’ils ne ratent par leur match de cricket à Bâle, les deux joueurs Caldicott (Nauton Wayne) et Charters (Basil Radford – oncle Basile dans « Jeune et innocent ») ne témoigneront pas.

Le docteur fait monter une patiente bandée dans le train. On pense tout de suite que c’est une manigance pour dissimuler le corps de Miss Froy.

Passée la déception de Margaret Lockwood, on peut constater qu’une très belle et talentueuse comédienne figure dans le film : la maîtresse de l’avocat (Linden Travers, sublime et très aguichante), flanqué d’un amant improbable et lâche, Eric Todhunter, joué par Cecil Parker, Glover dans « Un petit déjeuner trop lourd » de la série « Chapeau melon et bottes de cuir », à qui elle reproche d’avoir refusé de témoigner.



Malheureusement, Linden est sous employée. Son temps d’image est limité. Dommage. Margaret/Linden Travers accepte de témoigner. Puis, pour sauver sa vie, se rétracte.

Madame Kummer (Josephine Wilson) se fait passer pour celle qu’Iris croit avoir vue comme une lady anglaise.

S’il doit composer avec une partenaire sans charisme, Michael Redgrave arrive petit à petit à nous captiver, en perdant un peu son air snob.

La paranoïa atteint son paroxysme à la cinquantième minute quand Iris Henderson, attablée au wagon restaurant avec Gilbert, voit la trace des doigts de la vieille dame qui avait écrit son nom sur la fenêtre alors que le train faisait du vacarme. Le nom écrit sur la vitre disparaît. Iris devient hystérique.




Hartz veut alors hospitaliser Iris dans sa clinique. Mais en voyant le paquet de thé de Miss Froy, Gilbert comprend que la jeune femme n’a rien inventé. L’humour n’est jamais absent, notamment lorsque le couple pense retrouver Miss Froy dans un panier et tombe sur…un mouton !

Hitch filme les visages des protagonistes menaçants en gros plan, Hartz, la baronne Athena, ce sont des nazis, mais ils auraient pu quelques années plus tard être des soviétiques.

Le film perd quelque intensité lors de la bagarre avec Doppo le magicien. Puis la religieuse aux talons hauts.
C’est lors de la discussion avec Hartz que l’intrigue commence à perdre de sa prestance. La paranoïa retombe et « Une femme disparaît », par rapport aux « 39 marches » et à « Jeune et innocent », connaît un temps mort. Lorsque Hartz tombe le masque, le voile du mystère se déchire.



Si le film fut le plus grand succès britannique de tous les temps au box office en 1938, il a indubitablement vieilli. La perte de rythme sur la durée est peut être explicable par la longueur du film (1h32 contre 80 minutes pour « Jeune et innocent » et 81 pour « Les 39 marches ».

L’attaque du train à 1h30 est un moment d’anthologie. Le train a été détourné de sa voie. C’est le moment que choisit Miss Froy pour dévoiler le MacGuffin du film, un air codé. Le moment d’émotion est le départ de la gouvernante agent du Foreign Office.

Le film, après une trop longue scène verbeuse, repart comme le train sur les rails (sans mécaniciens, les « méchants » les ont tué – même situation que « Number Seventeen »)



Notons que la maquette du train, lorsqu’il passe la frontière, est un peu trop évidente.

Le final grandiose, la performance de Michael Redgrave (qui de passable au début devient convaincant à la coda) et celle non moins éclatante de May Whitty permettent au film, in extremis (suspense que n’avait pas prévu le maître) d’atteindre les quatre melons, avec beaucoup moins d’aisance, il faut le dire, que « Les 39 marches » et « Jeune et innocent » qui eux ne connaissent pas de temps morts.








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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Dearesttara le Ven 1 Fév 2013 - 21:32

Aisément dans mon Top 10 des films du Maître, mon film préféré de sa période anglaise, à égalité avec les 39 marches.

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Sam 2 Fév 2013 - 1:35

La Taverne de la Jamaïque (Jamaica Inn) 1939







Tout d’abord, il existe plusieurs adaptations de la nouvelle de Daphné du Maurier en dehors de celle d’Hitchcock. Citons surtout la version télévisée de 1983 avec Patrick Mc Goohan et Jane Seymour, réalisée par Lawrence Gordon Clark, excellente, qu’Antenne 2 diffusa dans les années 80.

En 1939, Hitchcock voulait faire une carrière américaine, et le producteur David O’Selznick lui avait promis de tourner « Titanic ». Réponse de l’anglais : « J’ai déjà une grande expérience des icebergs, j’ai dirigé Madeleine Carroll ».

Le film ne se fera pas, mais le départ du gros homme était décidé. Pourtant, il accepta, à la demande de Charles Laughton de réaliser « La taverne de la Jamaïque », d’après un roman qui évoque beaucoup « L’île au trésor » de Robert Louis Stevenson, même s’il est de l’auteur de « Rebecca ».

Pour ce film, le spectacle eut lieu autant dans les coulisses qu’à l’écran. C’est sans doute le film d’Hitchcock sur lequel on peut citer le plus d’anecdotes « qui ne sont pas du cinéma ».




Pour la seule et unique fois de sa carrière, Hitch eut un mort à déplorer sur ce dangereux tournage, celui du comédien Edwin Greenwood. Sidney Gilliat, l’un des scénaristes, mit carrément en cause le maître. Il fallait renvoyer ce pauvre homme chez lui. Greenwood mourut d’une pneumonie, et selon Gilliat, si le maître ne s’était pas entêté à poursuivre le tournage avec l’acteur, le drame aurait été évité.




Ensuite, il y a des choses assez croustillantes au sujet de Laughton. Il cabotinait, était impossible à diriger, et un jour, il finit par se mettre à pleurer après s’être assis dans un coin. Il n’arrivait pas à trouver le ton juste pour une scène. Hitch s’approcha de lui et le comédien lui dit : « Quels bébés nous faisons tous les deux, n’est ce pas ? ». Certains assurent avoir entendu le maître murmurer « Parlez pour vous ».




Charles Laughton engagea une inconnue venue d’Irlande, Maureen O’Hara sur ses capacités euh… Il parait qu’il ne faut pas coucher pour réussir dans le métier et que c’est une légende, mais pas avec Charles Laughton. La jeune rousse de 18 ans ensorcela l’ogre qui devint son « pygmalion ». Sitôt le tournage terminé, O’Hara et Laughton embarquèrent sur le Queen Mary direction l’Amérique.




Lorsque Hitch se hasarda à demander à Laughton ce qu’il trouvait à Maureen O’Hara pour l’avoir engagée dans le premier rôle, alors qu’elle n’avait aucune expérience et que c’était sa première apparition à l’écran, le bougre répondit : « Sa chevelure rousse et ses yeux ». Très curieusement, Hitch lui proposa le rôle de la seconde Mrs de Winter, qui sera finalement tenu par Joan Fontaine.



Ce n’est pas tout. Laughton devint insupportable sur le plateau. Il fit changer le script par JB. Priestley pour qu’il ait davantage de scènes, au détriment de toute l’histoire. En effet, son personnage, le chef de la bande, doit rester bien caché et éloigné de l’auberge de la Jamaïque, repaire de pirates qui attirent les bateaux sur les côtes de Cornouailles, massacrent les équipages et dérobent les marchandises. Il en est ainsi dans le roman. Mais Laughton veut que Sir Pengallan apparaisse à l’auberge ! (Pour qu’on le voit davantage à l’écran).

Un autre jour, le pauvre Sir Alfred qui s’est engagé, si l’on ose dire, dans une belle galère, a du mal à obtenir la prise qu’il veut avec le comédien. Lorsqu’ils y parviennent, Laughton demande à parler à Hitch et lui déclare : « Je suis arrivé à faire cette scène, mon inspiration étant de penser à moi quand j’avais dix ans et que j’avais fait pipi dans ma culotte ».




S’il n’avait pas eu son contrat américain avec Selznick, Hitch jure qu’il se serait sauvé. Laughton se fera massacrer par la critique à la sortie du film. Le plus étonnant est que le maître ait à nouveau fait appel à lui après cette expérience pour « Le Procès Paradine ».

Le film commence par l’arrivée de Mary Yelland dont les parents sont morts, et qui n’a que sa tante au monde. Elle tient l’auberge de la Jamaïque. Les gens du pays en ont aussi peur que le château de Dracula chez Bram Stoker. Au point que le cocher qui amène Mary ne veut pas s’arrêter et conduit la voyageuse chez le magistrat du comté, Sir Humphrey Pengallan.

Mais quand elle rencontre le mari de sa tante, l’oncle Joss (Leslie Banks), Mary est épouvantée. Comme Daphné du Maurier en voyant le film qui demanda à ne pas être créditée au générique.

Le film est truculent, violent, bouillonnant. La culpabilité de Sir Humphrey comme chef des pirates est révélée dès la 26e minute. Il vient demander des comptes à Joss. Et lui dire qu’il apprécie beaucoup sa nièce…
Laquelle nièce comprend qu’elle est tombée chez des truands. L’un des voleurs a voulu revendre de la marchandise pour son compte et les autres le pendent. Mary assiste à l’exécution.

Elle intervient à temps pour couper la corde et faire se sauver l’homme. Patience (Mary Ney) la tante, lui dit de se sauver.





Maureen O’Hara n’est absolument pas dans le personnage, qui aurait mieux convenue à une Joan Fontaine, voire à Nova Pilbeam. En 1983, Jane Seymour composait une Mary Yelland impeccable même si elle n’avait plus l’âge du rôle (Elle est née en 1951). En revanche, Robert Newton compose un excellent Trehearne(le pendu), faux pirate et vrai policier. C’est un héros au physique ingrat (rare chez Hitch) et que l’on croit pendant tout le début meurtrier et voleur. Pour avoir infiltré la bande, il a bien dû participer au premier massacre que nous voyons, où les marins naufragés sont achevés à coups de poignard. Maureen fait tellement « fille de joie » qu’elle ne dépareille pas auprès de cette « gueule », censée l’épouvanter.

Hitchcock a reconstitué les Cornouailles aux studios Elstree. Le film propose des images de la mer déchaînée fondues sur les paysages en transparence.

Les scènes de fuite dans la mer de Mary et Trehearne comportent le lot de frissons que le maître impulse à chacun de ses films. Trehearne s’avère être un policier. Sir Humphrey est obligé de feindre l’arrestation de Joss, puisque après la fuite à la nage, ils se sont réfugiés chez le magistrat.

Une nouvelle attaque de bateau est prévue, et Trehearne et Humphrey laissés prisonniers à la merci de la tante Patience (qui en a beaucoup pour supporter son mari). Après plusieurs retournements de situation, dont l’assassinat de Patience par le juge, ce dernier décide de prendre la fuite en France en enlevant la plantureuse Mary.

Trehearne a prévenu les autorités (la cavalerie du roi) qui arrivent. Cerné, Sir Humphrey se suicide en se jetant du haut d’un mât.

Le film est plus un film de Charles Laughton que d’Hitchcock. Les pirates traitent lors de la fuite de Joss et de Mary cette dernière de « catin », et il est vrai que c’est ce que l’actrice évoque, plus qu’une sainte nitouche, ce qu’est le personnage du roman.

Laughton, admirable en capitaine Bligh dans « Les mutins du Bounty » ruine ici le film. Restent de belles images de la mer, des truands, de la lande et de la côte des Cornouailles.

Bien que le noir et blanc ajoute une saveur particulière à « Jamaica Inn », on préfèrera la version avec Patrick Mc Goohan. Sir Alfred n’aimait pas les films en costume (« Le Chant du Danube ») disant qu’il voulait coller au présent, pourtant il en refera un avec le sublime « Les Amants du Capricorne ».



Dans les rôles secondaires, Horace Hodges est prodigieux en Chadwick, domestique de Sir Humphrey, perpétuellement humilié car il n’est pas de souche noble. Dans la scène où tel un tyran du moyen âge, Humphrey rançonne les paysans qui viennent un à un lui donner leur argent, Chadwick sera remis à sa place parce qu’il ne voulait pas donner son quitus à un paysan dont le fils a la jambe blessée et ne peut plus travailler. Bien qu’il les rançonne par l’impôt, Humphrey se sent des leurs.

L’autre rôle très joliment joué est celui de la tante Patience Merlyn, incarné avec sobriété par Marie Ney.
En revanche, Leslie Banks suit la pente de Laughton en surjouant son personnage d’oncle Joss Merlyn. Il est méconnaissable alors qu’il jouait le père de l’enfant enlevé dans la version 1934 de « L’homme qui en savait trop ». Ici, on a l’impression qu’il joue Mister Hyde. Regard halluciné, bacantes, il a tout pour épouvanter le spectateur. Mais pas Maureen qui n’a pas froid aux yeux, le prend pour un domestique de son oncle et jure qu’elle le fera chasser.

Sur ce film, et ce doit être un cas unique, Alfred Hitchcock n’a pas fait le bras de fer avec ses interprètes. Il a laissé Laughton s’emparer du navire. Ce film conclut la période anglaise du maître.
Hitchcock, et cela n’étonnera personne, se régalera à mettre en valeur la plastique de Maureen O’Hara, notamment dans la scène où coincée avec Robert Newton/Trehearne, elle est contrainte de se déshabiller et de nager. Puis vient la scène quasi sado-masochiste où le juge de paix ligote les mains de Mary et l’oblige à s’agenouiller devant lui, formant un couple maître-esclave. La connotation fortement sexuelle de cette scène a échappé aux censeurs de l’époque. Elle est évidente en revoyant le film aujourd’hui.




Si l’on admet que le film est une adaptation très libre du livre de Daphné du Maurier, on trouvera du charme à ce film, mais si l’on veut une adaptation fidèle, il faut se référer à la version télévisée de 1983. Jane Seymour y est terrifiée quand Maureen tient tête.

Laughton suscite vite l’irritation du spectateur, même si l’on ne connaît pas les problèmes sur le tournage. Il est de chaque plan du film, narcissique et jouant comme un cochon. Maureen elle qui n’est absolument pas le personnage (on ne peut le reprocher à Hitch, il ne l’a pas choisi, c’est la maîtresse de Laughton) est l’une des héroïnes les plus explicitement sensuelles de toute la galerie des interprètes féminines d’Hitch. Malgré tout, le film avait tout pour être un bon Hitchcock si Laughton n’avait pas laissé si peu de liberté de direction au metteur en scène. Laughton était producteur-acteur et faisait ce qu’il voulait.

Dès son arrivée sur le plateau, Sir Alfred détesta le coproducteur, Erich Pommer, qui avait fui le nazisme. Il tenait à superviser toutes les scènes, refusa le scénario de Joan Harrison (la future productrice de « Alfred Hitchcock présente »), pour mettre en évidence les retouches de J B Priestley. Pour s’ouvrir le marché américain, qui n’aurait jamais accepté Sir Humphrey comme un ecclésiastique, il en fit un juge. Par contre, il ne trouva rien à redire sur les scènes équivoques avec Maureen O’Hara.




Sir Alfred, et cela se voit à l’écran, a pris du plaisir à filmer le début, l’arrivée de la diligence qui amène Mary à l’auberge. Hitch pour le reste, se sentit pris au piège, il déclarera plus tard : « J’étais découragé par l’absurdité de l’entreprise, mais le contrat avait été signé ».

On peut trouver des qualités au film, mais il faut oublier le roman. Laughton aurait tendance à tirer la note à la baisse, et Maureen O’Hara (qui fera carrière chez John Ford) à la hausse. Le film atteint de justesse les trois melons pour le côté « Ile au trésor » trash, pour la sensualité et les formes de Maureen, et surtout pour ces ombres de pirates qui évoquent les coupe- jarrets d’un autre âge.





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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Sam 2 Fév 2013 - 2:22

Le dossier années 30 captures et texte a été envoyé à Steed.

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Estuaire44 le Sam 2 Fév 2013 - 11:10

Nouveau teaser pour Bates Motel


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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  séribibi le Sam 2 Fév 2013 - 16:42

Huum, leur air de jeunes premiers m'amène à avoir quelques inquiétudes sur le résultat...

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Sam 2 Fév 2013 - 18:23

The Pleasure garden et Juno et le paon étant sur le forum, il me reste 8 films années 20 à chroniquer.

Le premier


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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Dearesttara le Sam 2 Fév 2013 - 20:12

Un des rares melos de Sir Alfred, avec quelques bonnes idées de mise en scène ou bien novatrices, ou bien issues de l'expressionnisme allemand qui l'a si inspiré. Notamment dans la scène absolument cynique du b ordel, ou quand le jeune homme est à l'agonie sur le bateau. Ca compense un peu le ton pas inspiré de cette bluette.

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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Patricks le Sam 2 Fév 2013 - 21:46

Downhill 1927










Au retour de son voyage de noces, Hitch décide d’exploiter la popularité de son comédien de « The lodger », Ivor Novello.

La firme Gainsborough avait les droits de la pièce « Down Hill » (en deux mots) qu’avait jouée Novello. Un étudiant vedette de rugby, Roddy Berwick (Ivor Novello) endosse la faute d’un ami et est chassé du collège et par son père.

« Downhill » peut se traduire par « Déclin » ou encore « Pente descendante ». Il fut exploité aux Etats-Unis sous le titre « When boys leave home ».



Agé de 34 ans, Novello devait jouer le rôle d’un étudiant de 20 ans. Cela ne paraissait pas crédible au maître, alors qu’au théâtre, cette énormité passait. Voyant qu’il avait affaire à un mélodrame, Hitch voulut ajouter des scènes comiques, mais le studio les coupa.

Pour le scénario, il n’eût pas son mot à dire, tout était rédigé par Angus MacPhail.

Son seul apport personnel dans ce film de commande était des petites astuces de réalisation. Par exemple, Hitch filme en gros plan un homme en tenue de soirée qui se révèle être… un serveur de restaurant. La scène n’est qu’un trompe l’œil puisqu’il s’agit d’un spectacle de night club. Hitchcock espérait que des virtuosités de ce genre le feraient remarquer pour réaliser des projets plus ambitieux.






Mabel, serveuse lors de la fête du collège (Annette Benson) donne rendez vous dans le magasin où elle est vendeuse à deux amis, Roddy et son meilleur ami Tim Wakely (Robin Irvine). Sur la musique d’un phonographe avec un 78 tours, ils dansent.

Mabel chasse les marmots qui viennent acheter des bonbons, voulant rester seule avec les deux garçons qu’elle tente de séduire l’un après l’autre.

Puis, les deux copains sont convoqués chez le directeur du collège. Mabel accuse l’un des deux de l’avoir séduite. Elle est enceinte, et porte l’accusation, après une hésitation, sur Roddy. Il sera chassé du collège, puis par son père.



Tout d’abord, devant l’attitude de Tim, Roddy comprend qu’il est le père de l’enfant et que la fille l’accuse lui car son père est riche et doit payer s’il veut étouffer le scandale. Quelques plans avant, Roddy était le héros du collège et se voyait offrir le poste de chef des collégiens pour l’année suivante.

Le directeur (Jerrold Robertshaw) n’est pas le genre d’homme à plaisanter sur la morale. Il est d’ailleurs révérend.

Alors que le révérend lui annonce son renvoi, le seul soucis de Roddy est de manquer le prochain match de rugby, argument du scénario qui faisait beaucoup rire Hitchcock.

Le réalisateur avait dans le même temps le sentiment de réaliser un navet, comme il le confiera plus tard à François Truffaut.

« Downhill », de 1927, a été restauré, et l’édition en DVD propose une image très nette, surtout si l’on compare avec « The Skin game » de 1931 assez détérioré.

Lorsque Roddy rentre chez lui, et qu’il est accueilli par sa mère (Lilian Braithwaite) en présence d’un domestique, nous comprenons qu’il appartient à la haute société, tandis que son ami, boursier, aurait tout perdu s’il avait été renvoyé.

Laissant le hasard guider ses pas après l’affrontement avec son père, Sir Thomas (Norman Mc Kinnel), nous voyons Roddy prendre le métro.

Le film enchaîne avec le plan cité plus haut d’Hitchcock, où Roddy est devenu comédien de music hall. Il incarne un serveur.

Il ramène un porte cigarette qu’à perdu la vedette de l’endroit, Julia Fotheringale (Isabel Jeans) et en tombe amoureux. La scène est assez cocasse, puisque l’action se déroule alors que le riche amant de la belle, Archie (Ian Hunter) leur tourne le dos, assis dans un fauteuil devant un whisky.

Rentrant dans sa sordide chambre de bonne, Roddy reçoit un télégramme qui lui annonce un héritage de sa marraine : elle lui lègue 30 000 livres.



Habillé en homme du monde, il retourne voir Julia. L’amant comprend que Roddy a fait fortune. Il se laisse offrir un cigare, et donne un gros paquet de factures de Julia à son « successeur ».

Les noces de la célèbre actrice Julia Fortheringale avec le fils Berwick font la une de la presse mondaine.
L’actrice est coûteuse : en peu de temps, le compte en banque de notre héros passe de 30 000 livres à 212 ! De plus, Julia n’est guère fidèle puisqu’elle revoit Archie qu’elle cache dans un placard. Roddy l’y débusque et les deux hommes se battent. Rodney veut chasser l’épouse et l’amant, mais la belle rétorque que l’appartement est à son nom, et c’est lui qui se retrouve à la rue.

Ah, les comédiennes, toutes les mêmes. On se ruinerait pour elles. Cet aspect du mélodrame n'est pas exagéré. Il faut bien un peu de véracité pour que le public morde à l'hameçon.



On retrouve le malheureux en France dans un bal où pour survivre, il est un danseur pour vieilles dames. Il prend 50 francs pour une danse. La patronne du dancing lui laisse 5 francs sur 50. Pour les studios anglais, partir en France n'est pas exactement valorisant...

A l’une de ses « clientes », au physique particulièrement ingrat, il raconte sa déchéance.

Furieux d’être exploité par la patronne, il donne sa démission, et se retrouve à Marseille dans un milieu glauque, malade.

Dans son délire, il revoit son père, Julia, Mabel, la vieille femme au physique ingrat.

L’un des « apaches » marseillais, un black, le ramène à Londres pour recevoir une récompense. La bande a trouvé une lettre que Roddy avait écrite à son ami de collège Tim. La traversée dure cinq jours (de délire pour Roddy). Mais cinq jours pour traverser la Manche, même en 1927, paraissent incohérent, où alors ils ont pris le bateau...à Marseille.

Il s’échappe et regagne « au jugé » le domicile familial où son père lui demande pardon. Sa mère le prend dans ses bras, et la dernière image nous montre le héros ayant retrouvé sa place dans l’équipe de rugby.

Est-ce Ivor Novello, qui a un magnétisme exceptionnel, la qualité de l’image restaurée, ou la mise en scène de Hitch avec des trouvailles intéressantes comme les hallucinations de Roddy qui voit son père en bobby, mais le film est loin d’être ennuyeux.

Pour l’époque (1927), il est vraiment réussi. « The Pleasure garden » à côté est atroce. « Downhill » dure 82 minutes où jamais ne vient poindre l’ennui. Le manque d’intertitres suffisants empêche parfois la compréhension de certaines situations, mais le film vu l’époque, le budget, le contexte, est nettement plus inspiré que « Meurtre » ou « The Skin game ».

« Downhill » est désormais disponible en bonus du DVD « Le chant du Danube ». Il a été diffusé aussi au ciné club dans un cycle années 20 qui comprenait aussi « The lodger ». Mais quelle différence d'image entre cette restauration et l’enregistrement VHS que l’on pouvait faire à l’époque (années 90).

Deux melons : le film vaut bien « Frenzy » et surpasse les indigestes « Mais qui a tué Harry ? » et « Le faux coupable ».






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Re: Alfred Hitchcock, the MASTER of suspense !

Message  Dearesttara le Sam 2 Fév 2013 - 23:48

Ce film est en effet un paradoxe : sur le papier, le film est plus emmerdant tu meurs. Pourtant, le film parvient à émouvoir. Grâce à Novello et Sir Alfred ? En l'absence d'autres explications...

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