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Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

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Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Estuaire44 le Dim 20 Nov 2016 - 23:52

Jean d’Arcy (1913-1983) fut l’un des grands pionniers de la télévision française, en tant que directeur des programmes de la Radiodiffusion-télévision française (RTF) de 1952 à 1959, organisme qui  devint la première chaine de l’ORTF en 1964. Cet homme aux brillantes intuitions (il fonde notamment le concours de l’Eurovision en 1954) fait un constat en 1956 : parmi les dramatiques en direct alors proposées par la RTF, celle qui remporte le plus de succès est En votre âme et conscience (de Dumayet et Desgraupes), c'est-à-dire la seule dont la forme s’apparente à une série télévisée classique. En effet ces reconstitutions de procès fameux suivent un déroulement répétitif (y compris avec le verdict final du public), tandis que les autres productions varient totalement à chaque fois, comme dans une anthologie. Il décide donc de désormais donner la priorité à ce format de thème récurrent.


Seront ainsi lancées les célèbres Cinq dernières minutes (1958-1998), de Claude Loursais, mais aussi Enigmes de l’Histoire (1956-1957), émission proposée par le réalisateur Stellio Lorenzi. Il s’agit là aussi de donner la possibilité au public d’arbitrer entre différentes thèses, cette fois autours de célèbres mystères demeurés irrésolus pour l’histoire ; le choix est décidé après une dramatique reconstituant les évènements connus, puis un débat entre experts. Lorenzi, qui a déjà un grande expérience télévisuelle, est en charge du projet. Pour écrire les textes, il fait appel à deux historiens populaires, André Castelot et Alain Decaux. Ce dernier a alors moins de trente ans, Lorenzi en compte trente-cinq. Les deux auteurs comptent  déjà plusieurs  publications à leur actif et sont habitués à travailler ensemble via leur émission de radio à succès La Tribune de l’Histoire, lancée en 1951 sur Paris Inter et qui se poursuivra jusqu’en en 1997 dans la Maison Ronde de Radio France.


Toutefois ils ignorent tout de la télévision, en cette époque où l’Etrange lucarne n’est encore détenue que par 300 000 foyers français. Alain Decaux confie d’ailleurs dans ses captivants mémoires (Tous les personnages sont vrais, 2005) que ni lui, ni Castelot, n’en possède, de même que son effarement devant la mécanique du tournage des dramatiques en direct, où acteurs et techniciens travaillent à un rythme d’enfer (il en ira pareillement pour les trois premières saisons de Chapeau Melon et Bottes de Cuir). Malgré leurs parcours différents le courant passe fort bien entre le duo et Lorenzi, un indéfectible amitié unissant bientôt un trio fonctionnant dès lors de concert. Au total onze épisode vont être produits, tous les deux mois, alternativement écrits et présentés à l’écran par Decaux et Castelot, devant la caméra de Lorenzi. S’inspirant du livre de Decaux De l’Atlantide à Mayerling, les sujets seront très variés (le Masque de fer, Mayerling, Anastasia, la Marie-Céleste, etc.) et connaîtront un grand succès.


Jean d’Arcy, très satisfait de l’émission, décide d’élargir son objet. Les Enigmes de L’Histoire deviennent alors La Caméra explore le Temps en septembre 1957 (titre chois par Decaux). Les deux historiens vont désormais aborder l’ensemble de l’Histoire de France, sans plus qu’il n’y ait d’énigme à trancher par le public, Le débat  opposera désormais amicalement Decaux et Castelot, qui assurent également la présentation de l’émission. D’Arcy augmente quelque peu les modestes moyens mis à disposition de l’équipe et soutiendra toujours une production lui tenant particulièrement à cœur, acceptant régulièrement les dépassements d’horaires et ce budget sollicités par Lorenzi, toujours chef du projet. Le trio  continue à collaborer de manière toujours plus approfondie, Lorenzi disant désormais son mot sur l’écriture des textes, en bonne entente avec les historiens.


Un certain équilibre politique contribue à l’harmonie de cette relecture des grandes pages du roman national, Lorenzi, certainement le plus militant des trois, étant proche du parti communiste (il s’engagera notamment contre l’OAS en cette période troublée), tandis que Decaux se situe au centre gauche et Castelot au centre droit. La qualité de l’écriture et de la mise en scène valent derechef un grand succès à cette émission figurant désormais au patrimoine de notre télévision. Elle doit également son écho à la distribution relevée apparaissant régulièrement à l’écran, choisis par Lorenzi. Entre bien d’autres, on peut citer : Michel Bouquet, Roger Carel, Georges Descrières, Claudine Auger, Bernard Fresson, Claude Gensac, Raymond Pellegrin, Michel Piccoli, Jean Rochefort, etc.


L’aventure va se prolonger jusqu’en 1966, survivant, malgré une chaude alerte,  au départ de d’Arcy, remplacé par Albert Ollivier, ancien résistant et proche d’André Malraux, tout puissant Ministre de la Culture du Général désormais revenu au pouvoir. L’émission reste également à l’antenne après la refonte de la RTF en ORTF, en 1964. En tout 38 épisodes seront produits au fil des 9 saisons, abordant des sujets extrêmement variés, débutant par Marie Walewska et s’achevant par les Cathares. Malgré les contraintes techniques du tournage en direct imposant un ensemble enserré sur quelques plateaux (quelques inserts donnant le temps de modifier décors et costumes), l’ensemble constitue un magnifique album d’images de l’Histoire de France, avec une écriture et une réalisation de haut vol.


La série s’arrête soudain en pleine gloire, une décision brusquement prise par Claude Contamine, directeur de la télévision à l’ORTF (appartenant pourtant à une famille de grands  historiens. Dans ses mémoires, Alain Decaux met clairement en cause une volonté d’épuration en provenance de l’Elysée et relayée par le Ministre de l’Information, Alain Peyrefitte, dont Contamine fut le chef de cabinet. Le but était d’exfiltrer de l’ORTF un syndicaliste et communiste notoire comme Lorenzi (tout comme Max-Pol Fouchet), après que le pouvoir eut été effarouché par une grève survenant dans l’audiovisuel public. Ainsi s’achève une brillante exploration de notre passé, butant contre les aléas du présent et sur un certain éternel français.




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Re: Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Dearesttara le Lun 21 Nov 2016 - 18:58

Eh bien, ce n'est pas souvent qu'on exhume notre patrimoine national en matière de séries, mais j'applaudis ce bel effort, Estuaire. On va bien entendu te suivre tout au long de cette aventure ! cheers
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Re: Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Estuaire44 le Lun 21 Nov 2016 - 19:28

Merci, une longue aventure  vu quelle va s'étendre sur plusieurs siècles ! Laughing

Je ne les ai pas compté, mais je crois qu'entre les différents contributeurs on doit tout de même arriver à une dizaine de séries français, de styles très variés. Ce n'est pas si mal, même si la Caméra reste certainement la plus ancienne de toutes. Un peu d'archéologie télévisuelle, c'est toujours agréable !



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Re: Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Estuaire44 le Mar 22 Nov 2016 - 2:30

Marie Walewska (1-01, ****)
Date de diffusion : 14 septembre 1957
Auteur : Alain Decaux

Résumé :

Le récit narre les grandes étapes de la  relation amoureuse entre Napoléon et la comtesse polonaise Marie Walewska, depuis leur rencontre en 1807, à Varsovie, jusqu’au départ de l’Empereur pour St-Hélène.

Critique :

Dès ce premier opus, la  discussion initiale entre Castelot et Decaux s’avère un authentique régal, Issue de leur déjà longue collaboration, leur complicité fait merveille lors d’une amicale controverse perpétuant l’opposition de deux thèses caractérisant leur précédente série, Les Enigmes de l’Histoire. Decaux tient que Napoléon est un romantique aimant passionnément les femmes, tandis que Castelot estime que l’Empereur donna toujours la priorité à la politique et à son ego.

Cette opposition se cristallise sur la véritable nature de la relation unissant napoléon et Marie Walewska. La brillante discussion court librement, entre anecdotes, conseils de lecture et considérations érudites énoncées avec saveur. Elle s’avère caractéristique d du dessein profond du duo, à la télévision comme à la radio : intéresser le public à l’Histoire, en ne présentant jamais celle-ci d’une manière assommante, amis au contraire vivante et enthousiaste.

Comme dans tout bon pilote de série, l’auteur cherche à frapper l’esprit du public. Decaux a ainsi recours à Napoléon, soit l’un des personnages les plus connus et hors normes de l’histoire française, et à sa passion pour Marie Walewska, sujet idéal car mêlant romantisme, péripéties et politique, la Polonaise ayant toujours été une ardente avocate de sa nation auprès de l’Empereur. Un cocktail propre à susciter une histoire des plus prenantes, que Decaux sait évoquer avec vivacité.

On apprécie également que son récit ne sombre pas dans l’hagiographie, ne dissimulant les manières parfois rudes et irascibles de Napoléon et s’attachant toujours à privilégier le regard porté par Marie sur leur couple. Tout en appuyant son historicité sur des lettres retrouvées et évoquées à diverses reprises, la narration s’attarde particulièrement sur la naissance de la relation entre Napoléon et Marie. Un moment effectivement intéressant, la rencontre entre un désir sexuel et une ambition politique débouchant de manière inattendue  sur la cristallisation d’un puissant sentiment amoureux.

La mise en scène accompagne efficacement  l’ensemble, Stellio Lorenzi parvenant à optimiser avec aisance des moyens limités et les conditions particulières d’une diffusion en direct. Sar parfaite entente avec les techniciens et acteurs (avec l’aide précieuse de sa fidèle scripte Michèle O’Glor) lui permet de faire tourner  cette complexe mécanique, tout en instillant une vraie mise en scène. Evidemment la qualité de l’image reste éloignée des normes d’aujourd’hui, de manière assez similaire à la période Cathy Gale des Avengers. On retrouve d’ailleurs pareillement les ombres visibles de caméra, les évidents décors de murs, ou les acteurs ayant parfois à reprendre leur texte (quel sang froid !), entre autres péripéties sympathiques.

Le seul point véritablement contrariant demeure l’enchâssement de l’action dans des décors totalement fermés, jusqu’à des fenêtres perpétuellement closes. La qualité de la distribution fait toutefois oublier cet élément, avec notamment  un William Sabatier toujours juste dans le rôle piégé de l’Empereur, prêtant facilement le flanc aux excès. L’ensemble se voit dominé par une Magali Vendeuil absolument magnifique dans le rôle complexe de Marie, femme amoureuse confrontée aux cruautés de la politique imprégnant toujours l’esprit de son amant, comme  lors du mariage avec Marie-Louise.

Anecdotes :

L’épisode dure en tout 96 minutes. Tout au long de la série cette durée demeurera variable, elle oscillera entre 60 et 192 minutes.

Avant de présenter leur nouvelle formule, lors de la traditionnelle séquence d’introduction, Alain Decaux et André Castelot annoncent les résultats du vote du public concernant les deux dernières émissions d’Enigmes de l’Histoire. Le fameux Chevalier d’Eon, fort prisé des cruciverbistes, est ainsi considéré comme une femme par 514 spectateurs et comme un homme par 310. Naundorff, horloger prussien ayant affirmé être le Dauphin n’étant pas mort dans la prison du Temple, se voit de son côté considéré comme louis XVII par 683 spectateurs, tandis que 229 le réfutent.

1807 : en guerre contre les monarchies coalisées, Napoléon occupe la Pologne. Lors d’un bal donné par Talleyrand à Varsovie, il fait la connaissance de la jeune Marie Walewska, issue de la noblesse polonaise. Une passion nait immédiatement, qui se poursuivra jusqu’au départ de Napoléon pour St-Hélène (Marie se rendra à l’île d’Elbe). En 1810, celle que l’on surnomma « l’épouse polonaise » de l’Empereur donna naissance à leur fils, Alexandre, futur ministre de Napoléon III. Après les Cent Jours, elle épouse le Comte d’Ornano, mais décède peu de temps après, du fait d’une insuffisance rénale, à 31 ans.

Marie Walewska fut interprétée par de nombreuses actrices, dont Greta Garbo (1937) et Catherine Schell dans la très réunie mini série anglaise Napoleon and Love (1974), narrant la vie sentimentale de l’Empereur.

Elle est ici jouée par Magali Vendeuil, de la Comédie française. Celle-ci effectua lamjeure partie de sa carrière au théâtre et à la télévision (Au théâtre ce soir). Elle participa régulièrement aux  productions de son mari, Robert Lamoureux.  





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Re: Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Estuaire44 le Jeu 24 Nov 2016 - 1:34

Le Sacrifice de Madame de Lavalette (1-02, **)
Date de diffusion :  23 novembre 1957
Auteur : André Castelot

Résumé :

La Comte de Lavalette, dont l’épouse Emilie était la nièce Joséphine de Beauharnais, fut le directeur général des Postes durant l’Empire et le redevint durant les Cent Jours. Arrêté après le retour des Bourbon, il est condamné à mort en 1815, mais s’évade la veille de son exécution. A cette fin, il revêt les vêtements de son épouse venue le visiter et qui le remplace dans la cellule. Après avoir gagné l’étranger il revient en France en 1822, après avoir été amnistié et retrouve Emilie,

Critique :

L’épisode marque une certaine déconvenue, après le lancement particulièrement réussi de la série que constituait Marie Walewska. La première raison tient au choix du sujet lui-même. Outre l’effet de doublon avec de retour à cette séquence impériale qui fascinera toujours le duo Decaux & Castelot, on assiste également à un tassement des enjeux. On passe en effet de l’évocation d'un personnage clé du mystère napoléonien à ce qui, malgré son aspect spectaculaire, relève en grande partie du fait divers. La péripétie était sans doute  davantage sa place dans un programme comme Les évasions célèbres, que dans La Caméra explore le Temps.

Castelot se rend bien compte de la minceur de son sujet et s’efforce de tenir la distance en greffant aux dialogues de nombres références aux évènements politiques en cours. Mais, à force d’accumulation, ce ci pousse à ses limites le procédé voyant une personne décrire une scène plutôt que de montrer celle-ci. La frustration se ressent d’autant plus fortement que l’action déjà rendue fixe par les conditions particulières du tournage s’enchâsse ici dans l’appartement des de Lavalette, puis dans la cellule de prison. Le scénario n’hésite pas non plus à en rajouter dans un certain mélodrame. Très répétitive, l’orgue de barbarie entendue durant les intermèdes devient vite lassante.

La distribution vient au secours de cet épisode. Encore surtout connu au théâtre, Pierre Mondy recréée avec conviction cet honnête homme quelque peu idéaliste, en proie à la raison d’Etat. Maria Mauban théâtralise sans excès la tourmentée Mme de Lavalette et l’on doit à ces deux comédiens les vrais moments d’émotion du récit. On apprécié particulièrement les entretiens entre Louis XVIII et son ministre de la Police Decazes, avec des dialogues finement ciselés et évoquant sans les caricaturer ces deux figures de la Restauration.  Et son excellents, avec des rôles pleinement dans leur répertoire. La traditionnelle joute finale entre Decaux et Castelot évoque avec pertinence la question de la culpabilité du Comte de Lavalette.

Anecdotes :

Maria Mauban (Emilie) a beaucoup joué au théâtre, mais est aussi régulièrement apparue au cinéma. Dans Le Gendarme et les Extra-terrestres (1978), elle interprète l’épouse de Cruchot, en succédant à Claude Gensac.

En 1957, Pierre Mondy (de Lavalette), futur grand nom du cinéma et de la télévision est encore surtout connu au théâtre. Il perce au cinéma en 1960 en jouant cette fois l’Empereur en personne, ans Austerlitz,  d’Abel Gance.

Jacques Castelot (le ministre Decazes) joua de très nombreux rôles d’aristocrates ou de personnages d’autorité durant sa longue carrière. Il est ainsi l’Archevêque de Toulouse ans Angélique, Marquise des Anges (1964). Il est le frère d’André Castelot.

Jacques Castelot va en tout participer six fois à La Caméra explore le Temps. La série va régulièrement faire revenir des comédiens, pour leur talent, mais aussi pour leur capacité à mémoriser rapidement leurs textes. A la demande de Lorenzi, les auteurs étant en effet souvent appelés à les modifier à la dernière minute. Decaux indique dans ses mémoires que quelques  mouvements de mauvaise humeur se manifestèrent chez les acteurs durant le tournage des épisodes.





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Re: Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Estuaire44 le Dim 4 Déc 2016 - 17:04

Kaspar Hauser, l'Orphelin de l'Europe (1-03, **)
Date de diffusion : 18 Janvier 1958
Auteur : Alain Decaux

Résumé :

Le 26 mai 1828 à Nuremberg, en Bavière, apparaît un jeune homme seulement capable d’énoncer son nom, Kaspar Hauser. Le bourgmestre Binder sympathise avec lui et Hauser lui révèle qu’il a passé sa vie dans un réduit obscur, avant qu’un homme inconnu ne le relâche près de Nuremberg. Le mystère passionne la presse, surnommant l’Orphelin de l’Europe celui qu’elle suppose être l’héritier légitime du Grand-duché de Bade. Celui-ci est alors dirigé par Charles II, époux de Stéphanie de Beauharnais, fille adoptive de Napoléon dont l’enfant aurait été substitué par un autre à la naissance. Hauser est confié au Comte Stanhope, mais plusieurs tentatives de meurtre ont lieu, Il est poignardé à mort en 1833, mais le médecin légiste estime qu’il s’est blessé lui-même.

Critique :

Kaspar Hauser, l'Orphelin de l'Europe présente le désavantage de se situer une nouvelle fois aux alentours de l’époque post impériale et il est vrai que toute une large première partie de la série se concentre sur cette période et ses attenants, parfois jusqu’à avoisiner la satiété. Le choix du thème, somme toute anecdotique même s’il passionna la presse de l’époque, illustre également la vision de l’Histoire qu’aura été celle d’Alain Decaux à la télévision, privilégiant les biographies ou les faits divers propres à exciter l’intérêt du public. Cette conception procura de grandes heures à la télévision françaises, dès La Caméra explore le Temps, mais aussi lors d’Alain Decaux  raconte et ses versions ultérieures, où le présentateur mettait superbement en scène les évènements.

Mais, ici, exalter le mystère et la destinée singulière de Gaspar Hauser apparait en contradiction avec le mode narratif choisi, qui s’assimile à un dossier judiciaire assez froid et clinique. A chaque fois annoncées par un commentaire explicatif enjambant les évènements, les scènes se succédant apparaissent certes historiquement irréprochables, mais aussi comme des pièces versées au dossier, avec la sécheresse que cela véhicule. L’ensemble manque de souffle et de lyrisme, ce qu’il tente de compenser par un jeu trop théâtral de Jean Muselli, d’ailleurs visiblement trop âgé pour le personnage. La mise en scène et même le dialogue final entre Decaux et Castelot résultent plus ampoulés qu’à l’ordinaire. La formule aurait sans doute mieux correspondu à leur émission précédente, Enigmes de l’Histoire. Demeurent d’excellents acteurs dans les seconds rôles, notamment Jean Berger, bien connu des amateurs des Avengers.  

Anecdotes :

Sur le lieu de l'attentat, dans le parc du château d'Ansbach, en Franconie, une stèle indique : Hic occultus occulto occisus est (Ici, un inconnu fut assassiné par un inconnu).

L’énigme de l’identité réelle de Kaspar Hauser a passionné historiens, romanciers et cinéastes et suscité une impressionnante publication d’ouvrages. Le mystère perdure encore aujourd’hui, des analyses contestées d’ADN ayant successivement infirmé ou confirmé son appartenance à la famille des grands-ducs.

Jean Berger (Comte Stanhope) fut un important comédien de doublage, il assura notamment la voix française de Patrick Macnee / John Steed tout au long de Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Il va participer quatre fois à La Caméra explore le Temps.

Jean Muselli (Gaspard Hauser) connut une carrière d’étoiles filants durant les années 50 et 60, avant de mettre fin à ses jours en 1968, à 42 ans.

Hélène Constant (Stéphanie de Beauharnais) connaît ici le dernier rôle répertorié à l’écran d’une carrière se limitant essentiellement à quelques apparitions dans le cinéma des années 40.

Georges Wilson (Binder) tint plusieurs rôles marquants à la télévision, mais reste avant tout une grande figue du théâtre français, Il succède ainsi à Jean Vilar à la tête du Théâtre National Populaire. Il est le père de l’acteur Laurent Wilson.





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Re: Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Estuaire44 le Dim 4 Déc 2016 - 22:41

Le Mystérieux Enlèvement du sénateur Clément de Ris (1-04, ***)
Date de diffusion : 25 Février 1958
Auteur : Alain Decaux

Résumé :

Le comte Clément de Ris (1750-1827), de la noblesse de robe, se rallia à Révolution, durant laquelle il joua un rôle politique aux côtés des modérés. A l’avènement du Consulat, alors qu’il s’était retiré en Touraine, de Ris est nommé Sénateur par Bonaparte en 1800. Il est alors enlevé durant dix-neuf jours par un groupe inconnu et demeure captif dix-neuf jours. Les motivations des ravisseurs demeurèrent alors flous Il s’agissait d’agents de Fouché, chargés de récupérer des documents compromettants pour le ministre et qui commirent un excès de zèle. Avec l’assentiment de Bonaparte et la complicité silencieuse de Ris, Fouché fit alors arrêter et condamner à mort des innocents, afin d’empêcher un scandale.

Critique :

Encore une fois le récit du jour gravite autour de la période impériale et semble, dans un premier temps, relever du fait divers. Et pourtant le spectacle va s’avérer nettement plus prenant que lors du morne épisode dédié à Kaspar Hauser. C’est ainsi le cas  en ce qui concerne l’intérêt historique d’une péripétie revêtant un impact politique supérieur pour le public français. L’évocation de l’arrière-fond de l’affaire indique avec éloquence à quel point la Vendée n’était encore que partiellement pacifiée, encore près d’un an après que Bonaparte se soit emparé du pouvoir et établit le Consulat. Par ailleurs, quelques qu’aient été les vicissitudes de son parcours et de sa moralité, De Ris est resté dans l’histoire de Paris pour les embellissements qu’il apporta au Palais du Luxembourg.

Surtout les développements de l’affaire, un authentique thriller politico-policier, se montrent palpitants, d’autant que la narration se voit dynamisée par un rythme plus élevé que précédemment (la scène d’ouverture nous plonge d’ailleurs d’emblée dans l’action). La présence de plusieurs grandes figures de l’épopée impériale  semble également dynamiser la distribution, les comédiens jouant leur rôle avec un entrain manifeste. Les, le type de récit mouvementé et les figures impériales (dont l’emblématique Fouché) confèrent à l’opus une saveur à la Vidocq, bien connu des amateurs de séries historiques françaises, même si les contraintes techniques de la diffusion en direct perdurent. On regrettera par contre que les développements ultérieurs de l’affaire (dont le procès) ne se voient montrés qu’en accéléré, avec une voix hors champs accompagnant que=le passage de quelques gravures, puis le débat des historiens.


Anecdotes :

Nommé par la suite Questeur du Sénat, de Ris accomplit une brillante carrière sous l’Empire, où il supervisa notamment les embellissements du Palais du Luxembourg, et la reconstruction de l'Odéon.

De Ris fut l’un des premiers à trahir Napoléon, et il fut ensuite nommé Pair de France par la Restauration, et richement pensionné.)

Honoré de Balzac s’inspira de l’enlèvement pour écrire son roman Une ténébreuse affaire (1841), adapté en téléfilm en juin 1975.

William Sabatier (Savary) tint de très nombreux seconds rôles, à l’écran comme sur les planches. Il fut également un spécialiste du doublage, étant fréquemment la voix française de Marlon Brando, Karl Malden, Gene Hackman… Sabatier va participer 10 fois à La Caméra explore le Temps.





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Re: Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Estuaire44 le Mar 6 Déc 2016 - 23:56

L'Exécution du duc d'Enghien (1-05, ****)
Date de diffusion : 25 Mars 1958
Auteur : André Castelot

Résumé :

Après avoir été l’un des dirigeants des armées royalistes en guerre contre la Révolution, le jeune duc d’Enghien (1772-1804), dernier membre de la Maison de Condé, s’est installé à Ettenheim, dans le Margraviat de Bade. Il réside dans ce territoire neutre, mais seulement à quelques kilomètres de la frontière française. Dans la nuit du 15 au 16 mars 1804, il est enlevé par des militaires français, le Consul Bonaparte craignant qu’il ne soit à la tête d’un complot monarchiste visant à l’assassiner, en conjonction avec le chouan Cadoudal. Le duc est promptement passé par les armes, dans les fossés du château de Vincennes, après une parodie de procès. Cet acte, conseillé par Talleyrand, va exacerber la haine des Émigrés contre Bonaparte et d’Enghien deviendra l’une des icônes de la Restauration.

Critique :

Nous découvrons ici le cinquième opus d’affilée gravitant, peu ou prou, autour de l’épopée impériale, soit l’intégralité du premier volet des DVD dédiés à la série. Une certaine lassitude du public pourrait en découler, surtout en considérant la richesse t la variété de notre roman national. Toutefois L'Exécution du duc d'Enghien se distingue par l’importance de son sujet, tant cette action, couplée avec l’arrestation de Cadoudal (également évoquée ici), permit au Premier Consul de contrer la menace intérieure. En outre la mort de d’Enghien devait devenir un symbole pour les Ultras de la Restauration, lui dont l’exécution fut narrée avec un souffle inégalable par Chateaubriand. Pour le coup, on entre de plain-pied dans la grande Histoire.

La question se pose dès lors de savoir si l’épisode du jour va se montrer à la hauteur du rendez-vous, un défi relevé avec éclat. Ainsi, malgré les contraintes particulières de mise en scène, Stellio Lorenzi fait preuve d’une authentique maestria dans la direction des caméras. Il sait ainsi trouver plusieurs angles judicieux, rendre intense la confrontation entre Enghien et ses ennemis, jusqu’au terrible coup d‘éclat d’une exécution impeccablement chorégraphiée. Le bel effet de la pluie tombant dans le studio dramatise encore davantage la scène.

Les dialogues écrits par Castelot se montrent également très évocateurs de la psychologie de de ce drame autant humain qu’historique. Disons-le : c’est ici avec grand talent que l’auteur campe une version résolument positive d’Enghien, tout comme plus tard le mémorable double épisode La Terreur et la Vertu nous proposera un Robespierre pareillement idéal. Cela provient toutefois d’une passion communicative pour le sujet, d’autant plus sympathique que, pour autant, elle ne vilipende pas Bonaparte (en fait on se situe assez près de Chateaubriand, qui incriminait avant tout Talleyrand).

La distribution se montre à la hauteur de ce grand spectacle historique. Parmi d’autres excellentes prestations on apprécie celles de Roger Cadoudal en un sarcastique Cadoudal capturé, ou encore celle de Sabatier en un Bonaparte acharné à défendre la France, mais aussi sa propre destinée, dont il pressent la grandeur. Toutefois le clou du spectacle réside bien entendu dans la formidable prestation d’un jeune Georges Descrières. Sans encore la gouaille canaille du Gentleman cambrioleur, il en possède déjà la classe et l’élégance naturelles.

Visiblement pénétré de l’importance du rôle et ayant pleinement intégré la dimension théâtrale de ces représentations en direct, il joue d’Enghien comme sur la scène du Français. Sa fausse indifférence, doublée d’une ironie aussi feutrée qu’incisive, exprime à merveille l’idéal aristocratique représenté par d’Enghien. Ce grand numéro, sans doute le plus marquant des cinq premiers épisodes, couronne le succès de l’opus. On regrettera simplement que le savoureux échange final entre Castelot et Decaux n’ait pas cette fois été conservé.

Anecdotes :

La mort du duc d’Enghien inspira à Chateaubriand plusieurs des pages les plus admirables des Mémoires d’Outre-tombe (1848).

Lors de leur traditionnel dialogue d’après épisode, malheureusement perdu pour cet épisode, Alain Decaux et André Castelot demandèrent au public de voter pour savoir si Bonaparte avait eu raison de faire exécuter d’Enghien. La réponse fut très majoritairement négative.

Anne Caprile jouait déjà Pauline, sœur de l’Empereur dans Marie Walewska. Ici elle devient son épouse, Joséphine de Beauharnais.

William Sabatier (Bonaparte) tint de très nombreux seconds rôles, à l’écran comme sur les planches. Il fut également un spécialiste du doublage, étant fréquemment la voix française de Marlon Brando, Karl Malden, Gene Hackman… Sabatier va participer 10 fois à La caméra explore le Temps et incarnera également Napoléon dans la série Vidocq (Le chapeau de l’Empereur).

Pierre Asso (Talleyrand) va participer pas moins de quatorze fois à La Caméra explore le Temps. Il est le frère du parolier Raymond Asso, qui écrivit beaucoup pour Edith Piaf.

Georges Descrières (Le Duc d'Enghien) est alors connu pour quelques rôles au cinéma, mais surtout pour être devenu récemment, le 01 janvier 1958, l’un des sociétaires de la Comédie française. Il va se consacrer prioritairement à cette institution, dont il deviendra le doyen et qu’il ne quittera qu’en 1985. Il tint néanmoins plusieurs rôles marquants à la télévision, dont ceux d’Arsène Lupin et du Sam de Sam et Sally. Descrières participa à deux reprises à La Caméra explore le Temps, série faisant régulièrement appel à la Comédie française.

Jean Berger (Chuméry) fut un important comédien de doublage, il assura notamment la voix française de Patrick Macnee / John Steed, tout au long de Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Il va participer quatre fois à La Caméra explore le Temps.





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Re: Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Invité le Jeu 22 Déc 2016 - 14:57

La présentation ainsi que les chroniques du volume 1 sont en ligne !  cheers

http://lemondedesavengers.fr/hors-serie/annees-1950/la-camera-explore-le-temps
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Re: Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Estuaire44 le Jeu 22 Déc 2016 - 15:19

C'est parfait, la suite à la rentrée !
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Re: Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Invité le Jeu 22 Déc 2016 - 16:10

Super !  hi
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Re: Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Estuaire44 le Ven 6 Jan 2017 - 22:10

L'Étrange Mort de Paul-Louis Courier (1-06, **)
Date de diffusion : 9 Mai 1958
Auteur : Alain Decaux

Résumé :

Paul-Louis Courier (1772-1825) mit à profit sa carrière d’officier d’artillerie en Italie, au service de la Révolution puis de l’Empire, pour acquérir une large érudition. Il négligeait en effet souvent les devoirs de sa charge, afin de dévorer les bibliothèques des lieux visités, devenant un grand spécialiste de l’Antiquité. Peu favorable au Bonapartisme, il s’oppose néanmoins avec acharnement à la Restauration. Il entre en politique via de retentissants pamphlets, à la cinglante ironie. Libéral et anticlérical, il s‘acharne, malgré plusieurs peines de prison. Son corps criblé de balles est retrouvé en avril 1825. Un mobile politique est soupçonné, mais un témoignage permet d’incriminer des domestiques, sans toutefois lever le doute, d’autant que les accusés sont acquittés.

Critique :

L’épisode manifeste une grande maîtrise de son écriture, mais ne peut toutefois empêcher que l’on ressente qu’il passe à côté de son sujet. En effet, ce qui nous intéresse au premier chef à travers la narration de l’affaire Courier demeure l’évocation de l’atmosphère empoisonnée  d’une époque. Mais cette peinture d’une période voyant les Ultras accéder enfin à la domination sociale et à la libre expression de leur haine revancharde, à la faveur du début du règne de Charles X, reste malheureusement sommairement brossée. Un évènement dramatique comme le meurtre du Duc de Berry, contribuant massivement à la radicalisation des esprits, se voit simplement cité dans la conversation et non explicité. A ce passionnant volet politique, Alain Decaux, encore sans doute influencé par la précédente série des Enigmes de l’Histoire, préfère l’examen réellement par le menu du volet domestique de l’affaire et de ses coupables potentiels (l’épouse infidèle, son amant peut-être assassin). Dès lors l’intrigue devient celle d’un drame judiciaire, davantage qu’un récit historique.

Pour l’essentiel, cette analyse des témoignages, des alibis, des éléments de procédure (etc.) pourrait de fait se dérouler à une toute autre époque, autour d’une victime quelconque. Les amateurs de ce type d’histoire y trouveront sans doute de l’intérêt, tant la narration complexe demeure très claire et organisée avec talent autour d’une étude de caractères. On apprécie notamment l’opposition entre un procureur soucieux avant tout de l’ordre public et d’un juge instruction bien davantage acharné à découvrir la vérité. La distribution apparaît tout à fait convaincante, avec une grande implication, aussi bien des premiers que des seconds rôles, malgré la pression du tournage en direct. La mise en scène s’entend à animer un tournage inséré en une poignée de décors, les caméras de Lorenzi parvenant à tenir le rythme d’un montage serré multipliant les scènes courtes changeant les décors et :maintenant souvent les personnages en mouvement. La voix hors champ se voit également optimisée comme fil conducteur de l’action. Il n’en reste pas moins que l’amateur de récit historique restera déçu du faible éclairage porté sur une période particulièrement délétère de nostr Histoire.

Anecdotes :

En 1940, la Pléiade publia l’intégralité des écrits, correspondances et traductions de Courier, grand helléniste doublé d’un redoutable polémiste.

En 1949, le film La Ferme des sept péchés, de Jean Devaivre, narra l’affaire du meurtre de Paul-Louis Courier. Il fut tourné sur les lieux du drame, en Touraine, à Véretz.

L’Histoire poursuit son cours autour de la série, alors que les évènements dramatiques se précipitent en Algérie et à Paris. L’épisode est diffusé le 09 mai 1958, le 13 survient le Putsch d'Alger. La menace de chaos conduit alors le Général de Gaulle à revenir au pouvoir, avec un gouvernement investi le 01 juin. Le Général va proclamer l’avènement de la Cinquième République, dont la Constitution est approuvée par référendum en septembre.

François Chaumette (Le juge d’instruction) fut l’une des grandes figures de la Comédie Française, dont il fut sociétaire de 1960 à 1987. Il fut également un visage familier des séries historiques françaises, apparaissant dans de nombreuses productions de la RTF, puis de l’ORTF (Les Enigmes de l’Hsitoire, Le Chevalier de Maison Rouge, Schulmeister…). Il va participer six fois à La Caméra explore le Temps. Il se spécialisa également dans le doublage de personnages maléfiques de films de Science-fiction : Dark Vador, HAL 9000, Khan…

Jean-Roger Caussimon (Paul-Louis Courier) connut une carrière prolifique, à la fois comédien de théâtre et de cinéma, chanteur, parolier pour Léo Ferré, Julien Clerc, Bernard Lavilliers… Il apparut fréquemment à la télévision, dont il participa aux débuts expérimentaux, dans les années 40. Il va jouer huit fois dans La Caméra explore le Temps.





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Re: Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Estuaire44 le Sam 7 Jan 2017 - 13:29

La Mort de Marie-Antoinette (1-07, ****)
Date de diffusion : 19 Octobre 1958
Auteur : André Castelot

Résumé :

Le procès et les derniers jours de Marie Antoinette. Alors que Louis XVI ait été exécuté le 02 janvier 1793, elle comparait devant le Tribunal révolutionnaire, mené par l’accusateur public Fouquier-Tinville, le 03 octobre. Malgré la présence du jeune avocat Chauveau-Lagarde, son procès va s’avérer nettement plus sommaire et caricatural que celui de son mari, Entre temps Maximilien de Robespierre a pris le pouvoir et décrété la Terreur pour sauver la Révolution des menaces intérieures et extérieures. La mort de Marie-Antoinette est d’emblée décidée, comme nécessité politique. L’ »Autrichienne » est guillotinée le 13 octobre 1793.

Critique :

Avec cet épisode, la série continue à s’enraciner au sein du cryptique Révolution-Empire-restauration, mais nous délivre à cette occasion une magistrale narration d’une es pages les plus fameuses de cette partie de notre roman national. On ne peut qu’applaudir devant le grand souci d’historicité manifesté par Castelot, ce qui ne l’empêche par ailleurs nullement de rendre captivante cette ultime étape du parcours de Marie-Antoinette. L’opus débute ainsi par une saisissante évocation de la marche à la Révolution ayant conduit jusqu’au procès, en voix hors champ idéalement accompagnée de belles gravures. Les enjeux se voient parfaitement circonstanciés, avec un grand souci d’objectivité. De même les paroles prononcées par Marie-Antoinette l’ont effectivement été et la vie de ce qu’il demeure de la famille royale à la prison de la Conciergerie est dépeinte avec une grande profusion de  détails.  

Même si l’on ressent une sympathie pour elle, Castelot évite le piège de l’hagiographie de la Reine (dont la correspondance prouvera par la suite qu’elle a bien transmis des informations aux adversaires de la France). De même si les aspects scandaleux et orduriers du procès sont mis en avant, le récit ne noircit pas Robespierre désireux de rendre irrévocable le fit révolutionnaire et de susciter l’unité de la Nation face aux périls, fût-ce au prix de la Terreur. En définitive, s’il fait belle part à l’émotion, l’épisode laisse le spectateur se forger son opinion sur l’« affaire Marie-Antoinette », en yant tous les éléments en main.  

La somptueuse distribution restitue toute la force de ce moment particulièrement dramatique, dont on comprend aisément qu’il ait tant inspiré le cinéma et la télévision. Annie Ducaux apporte toute une fragilité diaphane à la Reine et accomplit de superbes performances, dont la lecture  hors champ de l’ultime lettre de Marie-Antoinette à sa sœur, tandis qu’elle monte à l’échafaud (la mise en scène a la pudeur de ne pas reconstituer l’exécution elle-même). François Maistre en visqueux Fouquier-Tinville et Michel Bouquet en Robespierre dominant toute la scène, s’avèrent magistraux. Les amateurs d’Angélique, Marquise des Anges pourront s’amuser de découvrir Jean Rochefort déjà interpréter l’avocat dans un procès politique truqué, six ans avant qu’il ne devienne Desgrez dans le film de Bernard Borderie.

Anecdotes :

L’épisode est diffusé deux semaines après la promulgation de la nouvelle Constitution, celle de la Cinquième République, après le référendum positif du 28 septembre. Le 23 octobre le FLN va refuser la « Paix des Braves » proposée par le Général, le conflit algérien se poursuit.

Jean Rochefort (Chauveau-Lagarde) est encore surtout connu au théâtre, où il a débuté sa carrière à 23 ans, en 1953. Le succès au cinéma viendra en 1961, avec Cartouche, puis suivront Les Tribulations d'un Chinois en Chine et le cycle des Angélique, Marquise des Anges. Il participera également à l’épisode Les Templiers.

Michel Bouquet (Robespierre) est alors déjà une figure du théâtre français, où il débuta en 1944. Il y connaît un succès rapide, aux côtés de Jean Anouilh, au Théâtre de l'Atelier, puis de Jean Vilar au TNP et au Festival d'Avignon. Le succès au cinéma viendra surtout durant les années 60 et surtout 70, avec des rôles d’autorité souvent antipathiques ou sombres (Deux hommes dans la ville, 1972 ; Le Jouet, 1976, etc.). Il va apparaître trois fois dans La Caméra explore le Temps.

Annie Ducaux (Marie-Antoinette) fut sociétaire de la Comédie française, de 1948 à 1982. Elle tourna également dans de nombreux mélodrames au cinéma (Prison sans barreaux, 1938). Elle devrait rependre le rôle de Marie-Antoinette dans la série Le Chevalier de Maison-Rouge (1963).

François Maistre (Fouquier-Tinville) est évidemment remémoré pour le rôle de M. Faivre dans Les Brigades du Tigre, mais compte bien d’autres rôles à son actif. Il va participer à pas moins de 15 reprises à La Caméra explore le Temps.





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Re: Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Estuaire44 le Sam 7 Jan 2017 - 18:19

Il y a quarante ans… (1-08, ****)
Date de diffusion : 11 Novembre 1958

Résumé :

A travers images d’archives et témoignages, l’émission rend hommage aux Poilus de la grande Guerre, quarante ans jour pour jour après qu’ait été signé l’Armistice dans la Clairière de Rethondes.


Critique :

Prenant la forme d’un pur documentaire, Il y a quarante ans  échappe sans doute en partie à la  critique usuelle d’un épisode de série télévisée. Il n’en demeure pas moins un grand moment de télévision. Encore davantage que les éloquentes images d’archive, on apprécie par-dessus tout le témoignage sur le vif des survivants du terrible premier conflit mondial. Pour l’observateur de 2017, le fait qu’il s’agisse encore parfois d’adultes d’âge mur apporte une nouveauté aux images équivalentes encore présentes voici quelques années. De fait leur narration présente une force particulière se communiquant aisément au spectateur d’alors.

Il faut dire qu’en 1958, la Grande Guerre reste plus proche de lui que le second conflit mondial, voire les conflits de la Décolonisation, de notre époque contemporaine. Souvent l’opus évoquera de terrible souvenirs de la génération précédente, avec en point d’orgue la solennité d’un Général Weygand présentant le célèbre Wagon de Rethondes, où fut signé l’Armistice (du moins sa copie à l’identique, l’objet ayant été emporté depuis par les nazis). Un épisode tout à fait à part, devenu en soi un important document historique.


Anecdotes :

Dans ses mémoires, Alain Decaux exprime le souvenir ému de son père, qui participa à la Grande Guerre sur le front de l’Yser, en Belgique. En 1939, âgé de 51 ans et père de trois enfants, Francis Decaux n’hésita pas à se réengager afin de lutter contre Hitler.

Le narrateur de l’épisode est Pierre Fresnay. La carrière de l’acteur fut marquée par plusieurs rôles liés à la Grande Guerre, comme lors de films aussi différents que La grande illusion (1937) ou Les Vieux de la Vieille (1960).

Maxime Weygand (1967-1965) participa à la signature de l’Armistice de Rethondes en tant que chef d’état major du Maréchal Foch. Il lui revint notamment de lire les conditions de l'Armistice à la délégation allemande. Par la suite il fut le chef en chef de l’armée française durant le désastre de 1940.





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Re: Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Estuaire44 le Dim 8 Jan 2017 - 11:28

L'Énigme de Pise (1-09, ***)
Date de diffusion : 11 Janvier 1959
Auteur : Alain Decaux

Résumé :

Après avoir vécu une existence aventureuse dans toute l’Europe et revêtu de nombreuses identités, en 1772 Ielizaveta Alekseïevna Tarakanova (1753-1775) se prétend l’héritière légitime du Tsar défunt Pierre III, en lieu et place de l’actuelle Tsarine, Catherine II. Sa beauté et son entregent lui valent un nombre croissant de partisans dans l’aristocratie, y, compris parmi les Polonais exilés, ennemis de la Grande Catherine. Alors qu’elle séjourne à Pise, en 1774, Tarakanova est séduite par le comte Orlov, commandant de la flotte russe en Méditerranée. Il la demande en mariage et lui propose de la conduire en Russie, où il soutiendra ses prétentions. Une fois à bord, elle est jetée aux fers, Orlov agissant sur l’ordre de Catherine. Emprisonnée dans une forteresse glaciale de Saint-Pétersbourg, Tarakanova y périra rapidement de la tuberculose.

Critique :

L’histoire du jour ne manque certes pas d’intérêt, on vouera d’ailleurs qu’il s’agit d’une belle découverte, car nous n’en avions tout simplement jamais entendu parler. Contemporaine aux dernières années du règne de Louis XV, l’aventure permet enfin à la série de quitter la période révolutionnaire/impériale où elle se cantonnait jusqu’ici (hormis pour la commémoration du Onze Novembre), tout en présentant l’originalité d’être totalement externe à la France. Le sujet en apparaît parfaitement romanesque, avec un beau portrait de femme, sans doute semi-aventurière, semi-mythomane, dont l’existence devint l’enjeu d’un duel opposant deux parties pareillement cruelles et déterminées, la coterie des exilés polonais et l’émissaire de l’impitoyable Catherine de Russie. L’issue tragique nous renvoie toutefois au monde réel, tandis que le récit parvient à insérer quelques informations sur le règne de la Tsarine, remarquable à plus d’un titre.

Si, dès son introduction, l’épisode se situe dans la légende noir de la Russie impériale, forcément stimulante pour l’imagination, il n’évite toutefois pas toujours le piège du mélodrame, notamment lors de la longue confrontation finale. Cela influe également sur le jeu des acteurs, beaucoup trop théâtralisé chez Françoise Prévost, mais aussi chez Piccoli, même si celui-ci tire davantage son épingle du jeu. On pourra également estimer que, même bénéficiant de décors améliorés,  la mise en scène de Lorenzi résulte moins inspirée qu’à l’accoutumée, avec trop de scènes de dialogues à deux, filmées de manière rigide. Le débat entre Decaux et Castelot, légèrement plus fébrile qu’à l’accoutumée, nous semble également quelque peu survendre la thèse d’une Tarakanova membre de la famille des Tsars. Néanmoins l’épisode demeure une belle évocation de ces multiples destinées singulières s’inscrivant en large de la Grande Histoire, dont raffolera toujours Alain Decaux.


Anecdotes :

Le mystère des origines de l’ascendance de Tarakanova intéressa plusieurs historiens, même si aucun élément ne vint confirmer son étonnante histoire. Plusieurs films lui furent consacrés, dont Knyazhna Tarakanova, dès 1910.

Françoise Prévost (Tarakanova), malgré une belle carrière au théâtre, ne se fit véritablement connaître au cinéma qu’avec l’arrivée de la Nouvelle Vague. Elle devint alors la muse du réalisateur et scénariste Pierre Kast (Le bel âge, 1960). Elle est la fille de Marcelle Auclair, cofondatrice du magazine Elle avec Hélène Lazareff, en 1945.

Michel Piccoli (Orloff) débute lui au théâtre et doit pareillement attendre la nouvelle Vague pour se faire connaître au cinéma, avec Le Mépris, de Jean-Luc Godard (1963). Il va devenir l’une des grandes figures du cinéma français, collaborant avec les plus grands réalisateurs, en particulier Claude Sautet et Luis Buñuel. Piccoli va participer trois fois à La Caméra explore le Temps.

François Maistre (Le père Chanecki) évidemment remémoré pour le rôle de M. Faivre dans Les Brigades du Tigre, mais compte bien d’autres rôles à son actif. Il va participer à pas moins de 15 reprises à La Caméra explore le Temps.







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Re: Série "La Caméra explore le Temps" (1957-1966)

Message  Estuaire44 le Dim 8 Jan 2017 - 20:44

Le véritable Aiglon (1-10, ****)
Date de diffusion : 27 Février 1959
Auteur : André Castelot

Résumé :

La destinée de Napoléon François Charles Joseph Bonaparte, dit l’Aiglon, fils de Napoléon et de Marie-louise. Considéré avec méfiance par sa propre famille, les Habsbourg, il est Napoléon II, l’héritier de l’Empereur, pour le camp bonapartiste. Il vécut comme un semi prisonnier au palais de Schönbrunn auprès de son grand-père François 1er, considéré comme un risque pour l’équilibre européen par le Chancelier Metternich et dédaigné par sa mère remariée et régnant à Parme, pour qui il rappelle ce qu’elle considère comme une humiliation. Son état de santé se dégrada rapidement et il mourut de tuberculose à l’âge de 22 ans.

Critique :

Outre l’amusant intermède du duplex entre Decaux et Castelot, l’épisode débute par le désormais coutumier discours en voix hors champ, accompagné de gravures et reconstituant le contexte historique à la perfection (les amateurs des Brigades du Tigre seront en terrain connu). Après ce résumé tout en fureur de la trajectoire guerrière de l’Empire, le scénario doit faire face à la difficulté d’y faire succéder un récit essentiellement psychologique, que la nature même de la singulière destinée de l’Aiglon, un cas quasi unique dans l’Histoire, prive par nature de tout développement politique. Le choix d’une historicité la plus absolue possible, basant la plupart des dialogues sur les correspondances de Napoléon II ou de sa mère avec leurs proches, rend plus difficile encore le tournage, du fait de nombreuses scènes figées voyant les protagonistes écrire encore et encore une lettre. Et pourtant l’épisode va captiver de bout de bout.

L’analyse très fine et sensible du caractère de l’Aiglon rend ainsi réellement poignant son parcours comme son vide existentiel, face à son statut de semi prisonnier, ridiculisé par la presse officielle, épié par la police politique sous l’apparente douceur de vivre du Palais, à l’absence d’un père dont tout son entourage l’incite à nier l’existence, à une mère toujours lointaine, à la difficulté de se forger un destin en dehors de sa dimension de fils de l’Usurpateur, etc. La dimension psychologique du récit devient dès lors une force et non une faiblesse, avec quelques à-côtés très réussis, la tendresse du grand-père comme seule lumière, ou l’omniprésente figure de Metternich. Admirablement interprété par Jacques Castelot, en contrepoint l’opus nous vaut un superbe portrait de ce gouvernant essentiel, à la fois parfait homme d’esprit et du monde et maître d’œuvre acharné du maintien du système d’équilibre européen qu’il forgea au Congrès de Vienne, prêt à tout sacrifier à la raison d’Etat.

Castelot sait également pallier à l’inertie politique forcée de son protagoniste, en incorporant au récit les grands évènements de l’époque, sous l’optique de potentielles occasions pour l’Aiglon d’enfin embrasser son destin (mort de Napoléon, Trois Glorieuses parisiennes, irruption soudaine du Printemps des Peuples menaçant d’emporter le Système de Metternich). Admirablement servie par les caméras de Lorenzi, la formidable distribution apporte immensément à l’épisode, par son talent (Jean-François Poron est formidable dans l’expression des nuances de l’identité complexe de Napoléon II), mais aussi celui des costumières et maquilleuses rendant les interprètes étonnamment ressemblants aux personnages historiques. Plus que jamais, cette distribution provient du théâtre, on peut y voir un écho de l’interprétation célébrissime de l’Aiglon par Sarah Bernhardt dans la pièce d’Edmond Rostand. Seule femme présente, la regrettée Claude Gensac participe activement à la défense d’une Marie-Louise non caricaturée, restituée dans sa vérité.

Anecdotes :

La même année que la diffusion de l’épisode, André Castelot va publier une importante biographie de l’Aiglon,  L'Aiglon : Napoléon II.

Durant l’émission Alain Decaux se trouve à Munich, où se tient une importante vente aux enchères d’éléments de la correspondance de l’Aiglon. Il discute avec plusieurs passionnés du personnage, avant de passer l’antenne à André Castelot demeuré à Paris, à l’occasion d’un des premiers duplex référencés de la télévision française.  

Claude Gensac (Marie-Louise), récemment disparue, est notamment remémorée pour avoir jouer à de nombreuses reprises l’épouse du Gendarme Cruchot et d’autres rôles de Louis de Funès. Elle futt également une figure du théâtre français, au début comme tragédienne, puis en s’orientant progressivement vers la comédie de boulevard. En 2015 elle remporte le César de la meilleure actrice dans un second rôle, pour Lulu femme nue. Elle va participer trois fois à La Caméra explore le Temps.

Lucien Nat (L'empereur François) intervint surtout au cinéma et au théâtre, mais apparut à diverses reprises à la télévision durant les années 60 et 70 (Les cinq dernières minutes, les enquêtes du commissaire Maigret…). Il va participer trois fois à La Camera explore le Temps.

Jean-François Poron (L'Aiglon) est alors à l’orée d’ue superbe carrière au théâtre, où il va jouer Jean-Paul Sartre, Jean Anouilh, Jean Giraudoux… Il va également tenir de nombreux rôles à la télévision, le plus souvent dans des productions en costumes.

Jacques Castelot (Metternich) joua de très nombreux rôles d’aristocrates ou de personnages d’autorité durant sa longue carrière. Il est ainsi l’Archevêque de Toulouse dans Angélique, Marquise des Anges (1964). Il est le frère d’André Castelot. Jacques Castelot va en tout participer six fois à La Caméra explore le Temps.








Fin du volet 2 de la Caméra, on va revenir à Miss Marple, en alternance avec la Galerie de Nuit.
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